Réponse de Jill Grossvogel à la propagande d’Ahmed Charai sur le Maroc

De : Jill Grossvogel
À : ahcharai2005@yahoo.fr
Envoyé le : Jeu 14 juillet 2011, 19h 27min 03s
Objet : presse internationale sur la situation actuelle au Maroc
Mon cher M. Charai, 
En voici d’autres commentaires, en francais et anglais, a l’egard d’un Maroc que nous sommes tout juste en train de decouvrir. Je me pose la question suivante: comment pourrez-vous en toute conscience tenir vos positions telles qu’elles sont indiquées dans l’article du NY Times l’autre jour? —
HASSAN II CONSIDERAIT DEJA LE MAROC COMME L’ARRIERE COUR DE LA MAISON FAMILIALE. LE FILS NE FAIT PAS MIEUX. DES ELEMENTS D’APPRECIATION, JADIS MAL CONNUS PAR D’AUTRES PAYS MAIS CE N’EST PLUS LE CAS AUJOURD’HUI GRACE AUX MEDIAS ET AUX RESEAUX SOCIAUX COMME FACEBOOK, NOUS PERMETTENT DE COMPRENDRE LES RAISONS DU DOUBLEMENT DE LA FORTUNE ROYALE GRACE A L’IMMOBILIER:
1. L’essentiel des terrains appartenant à la famille royale proviennent de confiscations après la marocanisation car les seuls vrais bénéficiaires des terres récupérées sont le roi, sa famille et son entourage direct. Le reste sert à acheter le silence et la docilité de l’armée et les hauts cadres administratifs dont quelques hommes politiques anciennement de gauche. 
2. Les terrains appartenant au palais et à ses thuriféraires jouissent d’une espèce de régime d’exception dans la mesure où ils ne sont pas touchés par les procédures des différents schémas directeurs, sauf consultation spéciale ou intervention des proches du palais qui déterminent le zoning et donc la valeur des terrains qui, comme par enchantement passent du statut agricole ou non constructible à celui de grande densité.
3. Aucun fonctionnaire de l’urbanisme en charge des autorisations de construire ne peut, sous peine de mesure de coercion, s’opposer à un projet du roi ou de ses proches. 
4. Le roi ne paie pas d’impôts sur ses bénéfices. Il faut savoir que la direction des impôts est toujours confiée à un proche du pouvoir. 
5. La direction générale de la conservation foncière est exclusivement aux mains de proches du pouvoir afin de couvrir les différentes confiscations de terres domaniales et taire ainsi, l’ampleur colossale des « acquisitions » royales. 
6. L’essentiel des gros projets immobiliers, touristiques ou hôteliers entrepris au Maroc le sont par des investisseurs étrangers dont le partenaire exclusif est le roi ou son entourage direct. Ce sont les impôts du peuple marocain qui paient les infrastructures qui desservent ces projets, mais c’est le roi qui en engrange les bénéfices. Nous ne sommes guere etonnes si la misere du peuple avance, simultanement et a grand pas, avec la fortune royale au Maroc.
All the steps taken, supposedly, in order to justify, repair or eliminate the crimes of this monarchy, have been cosmetic, as in the « Instance Equité et Réconciliation » which left a bitter taste of unfinished business, in which different committees, as soon as they were appointed, fell into dormancy. At least the regime should have had the decency to put its repugnant and aging henchmen back in the closet, instead of continuing to rely on their service, a vestige of Hassan II’s era. The king, who augmented exponentially, the predatory nature of his economic moves, linking with them his family, his inlaws, the power elite surrounding him and his foreign friends, has no other chois from now on but taking his leave in advance.
Conceding true power to the people would seriously call into question the calm in which his commercial affairs remain, and the impunity with which he has undertaken them, in flagrant abuse of his powers.
Runnng the risk of having to, one day, explain the origins of the royal family’s immense fortune, or even provide details of its accounts based on money-laundering of revenues from his father, Hassan II, will not exactly enable him to « sleep the sleep of the just. » Right up to his own personal comfort, which would be threatened, the outrageous list of civil perks from which he benefits, could likely be, from that point on, challenged and discussed publicly by an independant parliament. And that’s not even taking into account that regrettable affair of deceit in which royal palaces were sold by his father Hassan II to various « domains. » The current king, Mohamed VI, is the self-proclaimed beneficiary and yet we, the Moroccan people, are obligated to assure him continued maintenance of this luxury.
Everything in Mohamed VI’s behavior casts serious doubt his intellectual honesty, if not his honesty, period. Stubbornly refuing to hear the voice of reason and wisdom, he’s conscientiously missed all his designated rendez-vous with History, and those suggested by his own people. No one will be able to accuse the Moroccan people, from now on, of having sinned by an exces of zeal, or impatience or violence. But by the same token, no one will be able to accuse them of being silent in the face of this ignominy forced on them for half-a-century, since they had never forgotten their legitimate rights.
The young people marching today in our streets, in the name of the universal principles of dignite, freedom and equality, have no arms other than their slogans and their chests. Despite that, they are herded away like animals which one would like to round up forcibly and bring back to the fenced-in area. They are imprisoned, humiliated, tortured, insulted by ignorant police and thugs, before being freed into the hands of what can only say is of the most rudimentary and token justice, determined in advance. In order to understand what this Movement means, one should remember that the parents of these young people, their own parents, lived through the horrors of a dictatorship. What more could one wish that for their children to have a better life than the one they led?
Jill Elyse Grossvogel
F I N E A R T S C O N S U L T A N T &
Founder of Berber Sources Artisanat 2001 – 2010 
Chicago . Nice . Paris
Message transféré —-
De : Jill Grossvogel
À : ahcharai2005@yahoo.fr
Envoyé le : Ven 15 juillet 2011, 4h 48min 30s
Objet : remerciements de votre reponse
cher Monsieur,
Je suis sensible à vos réponses et je me sens obligée de vous écrire plus longuement maintenant. Cependant je sais, en même temps, que si je n’étais pas américaine, je ne serais pas traitée de la même façon. Les marocains sont « jetables » sauf ceux aux plus hauts niveaux. J’ai trop vécu et trop vu pendant mes années là-bas puisque j’y passais « invisiblement » pour ainsi dire (ressemblant beaucoup a une marocaine, vêtue en djellaba, foulard, et babouches — j’inclus des photos), ce qui me permettait de témoigner du vrai comportement des autorités par rapport a des amis marocains dont la plupart provenaient des ksours délabrés, où je dormais sur un tas de zarbiya au lieu d’un lit confortable dont j’avais l’habitude, où il n’y avait ni toilette romiya ni lavabo, où le khoubs kbir bezaf se faisait sur un feu en four de pise chauffe par des palmiers (qui ne produisaient plus de dattes a cause de la grande sècheresse), où les femmes accouchaient par terre chez elles sans toubib, où elle employaient la « pharmacie berbère » puisqu’elles ne pouvaient pas payer les médicaments proscrits. J’ai vu plusieurs amis mourir, soit sur la route ou il restait après un accident puisqu’il n’y avait pas d’ambulance équipée dans cette partie du Maroc, soit a l’hôpital public puisqu’il n’y avait pas de quoi payer le traitement chimio thérapeutiques nécessaire, où aucun docteur ne lui donnait la pronostique de son cancer jusqu’à ce que je sois allée directement demander pour lui. A moi, il parlait, Au patient marocain sans ressources, non.
J’ai mon doctorat en littérature française et russe de la fin du 19e siècle; je parle italien, russe, chouya darija. J’ai enseigne à la fac de Cornell University (qui fait partie de la prestigieuse Ivy League) mais les gens avec lesquels je restais ne sont pas allés à l’école après l’âge de 14 ans. Beaucoup ne savaient pas lire. Quelle conversation ai-je eue avec ce monde si différent de celui dans lequel j’ai grandi au plein centre de Manhattan, dans une famille aisée et cultivée? Eh ben, cher Monsieur Charai, j’ai appris des choses importantes que je n’oublierai jamais. Des échanges passaient souvent par des intermédiaires qui parlaient français; moi j’ai appris un peu le darija et le tamazight pour comprendre d’ou venait les pensées de ce peuple qui m’avait accueillie avec tant de chaleur et de grâce alors qu’eux, ils survivaient dans une pauvreté inimaginable. Moins ils possédaient, plus ils m’offraient de leurs biens. Je suis même en train d’écrire un livre sur le sujet: Passing. Morocco from 9/11 to the Arab Spring of 2011, rempli de photographies sur chaque page, prises du peuple chez eux, dans la rue, au souk, après des naissances et des morts, servant dans des bistrots, ou bien gardiens de parking. Par contre, je participais aussi a des vernissages de la galerie d’art avant-garde RE de Lucien Viola, (Marrakech). J’ai eu, chez lui, beaucoup de discussions fascinantes avec les membres de la fac..
Alors oui, je « porte en [moi] des séquelles » de cette période marocaine. Et ces séquelles ont pris la forme, justement, de mon engagement aujourd’hui. Depuis l’arrivée sur scène du Mouvement du 20 février, et ceux qui les soutiennent, qui, pour la première fois a ma connaissance, n’a plus peur de faire face a ceux qui leur volait leur pays et leur dignité. Je traduis des commentaires en anglais pour que le monde anglophone sache ce qui se passe actuellement, et je partage les vidéos tournées sur place au moment des manifestations, et au moment ou le referendum était vote. Ce sont des preuves pour moi que si le Maroc continue à ne pas reconnaitre la voix du peuple, la volonté du peuple, la monarchie et le makhzen touchent à leur fin. 
J’espère pouvoir vous rencontrer lorsque je reviens au Maroc. Sincèrement. Car les « séquelles » dont vous parlez ne sont pas terminées pour moi. J’ai l’impression qu’il vaut mieux attendre, avant de rentrer tout de suite, pour laisser s’épanouir les résultats des efforts entrepris. C’est clair que ce n’est pas toujours la réussite (voir la Libye, la Syrie, l’Egypte même) mais au moins j’aurais vu l’expression libre (c’est-a-dire, non-payée par l’état) d’un certain nombre de marocains qui tenaient à renverser un système corrompu et, finalement, il faut le dire, vieillot. Ce changement couvait depuis les années de plomb. Je tiens à vous parler, a ce moment-la, M. Charai, parce que c’est sur et certain que mon bonheur sera, comme vous avez devine, de revenir a un pays libre, qui a vide la pourriture qui le rongeait et l’empêchait d’assumer la totalité de son être. 
Il faudrait rester en contact.
Jamila
Jill Elyse Grossvogel
F I N E A R T S C O N S U L T A N T &
Founder of Berber Sources Artisanat 2001 – 2010 
Chicago . Nice . Paris