Le Journalisme Pauvre

Khalil Asmar
Depuis l’Independence du Maroc, considérée par certains politologues comme trop formelle, la relation entre la presse française et le régime monarchique marocain a connu des moments très tendus. D’une part les atrocités commises contre des droits de l’homme, voir l’assassinat de certains politiciens et activistes ont provoqué une série de campagnes médiatiques d’indignation qui se sont prolongées sur plusieurs décennies. La monarchie marocaine a été la cible des critiques des medias français malgré les relations étroites qui lient les deux payés. Contrairement aux journalistes français d’antan dont les échos de leurs prouesses s’entendent encore de nos jours, les milieux journalistiques français d’aujourd’hui sont plutôt soumis à l’offre et la demande du marché de la corruption. 
En effet, c’est à travers un flux de documents authentiques dévoilés par le dénommé Chris Coleman qu’on vient d’apprendre la médiocrité qui caractérise ces derniers temps quelques fanfares médiatiques et journalistes corrompus en France. Un Média politicard et insipide qui passe dans l’escarcelle des mensonges sans remords, dénué d’éthiques et soumis à toutes formes de manigances de celui qui payera d’avantage. 
Dans ces documents révélés, Vincent Hervouët figure, parmi d’autres, comme un journaliste emblématique dans cette salle de jeux de manipulation de l’opinion publique française mettant en exergue sur les ondes de la chaine d’information LCI des ‘analyses’ dites politiques, mais qui n’est point identifié avec les valeurs éthiques d’un journaliste qui respecte son métier ou son public. Un falsificateur des vérités par excellence qui s’est littéralement rangé du côté de son corrupteur, l’agent des services secrets marocains (DGED) Ahmed Charai, pour relayer des rumeurs tendancieuses contre notre cause sacrée de libération nationale et son avant-garde le Front Polisario. 
En effet, après avoir encaissé l’argent à plusieurs reprises et passé un weekend décrit de ‘formidable ’à la charge de son rémunérateur Ahmed Charai, Hervouët lui envoie un e-mail daté le 7 Décembre 2011.
‘Ce soir, je vais parler des kidnappeurs des deux français au Mali qui s’avèrent bien des types d’AQMI et qui viennent des camps de Polisario’ 
Sans la moindre évidence, Hervouët non seulement porte atteinte contre une entité sans avoir de preuve mais aussi transgresse les trois fonctions constitutives de l’identité journalistique, à savoir les fonctions d’observateur, d’interprète et de narrateur de la réalité. En fait, Hervouët bafoue entièrement l’éthique de l’information et les codes fondamentaux de déontologie de journalisme avec sa campagne de désinformation contre le Front de libération national sahraoui ‘Polisario’ et le travail mochard de manipulation contre son publique. 
Du coup, et à force de la corruption, Hervouët dans un autre e-mail envoyé à la même personne, s’effondre plutôt dans le ridicule :
« Cher Ahmed, j’ai reçu au moins 4 appels hier de différents services de mon cher gouvernement français au sujet de la vidéo, c’est pas mal ! Par contre la direction du Polisario e envoyé hier soir une lettre au Président de la chaîne protestant contre ce qu’ils ont appelé « l’amalgame » entre l’AQMI et le front du Polisario, ils veulent un droit de réponse. Mon œil !!! VH »
Le cas Vincent Hervouët n’est en fait que la partie émergée de l’iceberg qui cache les ordures d’une classe politique et médiatique française achetée et enroulée au service du royaume moyenâgeuse et colonialiste de l’état de Makhzen marocain. 
Dans une émission de « Zemmour & Naulleau » du 5 Avril 2013 sur la chaine ‘Paris Première’, Eric Zemmour a mis en évidence cette réalité amère au cours d’un échange sur plateau avec l’ex-ministre de la l’intérieure française Michèle Alliot-Marie :
– Zemmour:  » Il y a une trop grande intimité entre la classe politique française, de droit comme de gauche, et les élites et dirigeants des 3 pays maghrébins, en particulier la Tunisie et le Maroc. On a l’impression que le roi du Maroc, pour ne pas le nommer, « achète » toute la classe politique française « 
– Alliot-Marie: « Et médiatique ! « 
– Zemmour:  » Vous avez mille fois raisons. Voilà. Et médiatique. En les recevant à la Mammounia… »
Ou sommes-nous passés, hélas, des années où les journalistes français ont mis leurs talents pour dévoiler la vérité en dépit des dangers, défis et tentations ?
Dans les années 80 et malgré les intérêts énormes qui lient la France avec le Maroc, Bernard Langlais, journaliste d’Antenne 2, a diffusé deux émissions sur les abus graves contre les droits de l’homme au Maroc malgré l’intimidation et le chantage dont il fut objet. Même les relations entre le Maroc et la France auraient été mises en jeu à cause de la diffusion de ces émissions, mais la recherche de la vérité était, à l’époque, la boussole qui dirigeait tout travail journalistique où le respect du public et la vérité sont un but sacré. 
De même, d’autres journalistes français ne cessaient d’embarrasser et mettre le roi du Maroc dos au mur lors des entretiens qui les rassemblaient. Un roi qui se comportait comme ‘homo mediaticus ‘ mais sa langue de bois se heurtait fréquemment contre le béton des questions des journalistes français bien formés et informés. Les atteintes aux droits de l’homme étaient une ligne rouge sur laquelle ils n’ont jamais osé fermer les yeux malgré les conséquences nuisibles qui pouvaient y engendrer. Ann Sinclair en était un exemple à citer parmi d’autres. 
Mais de nos jours, c’est plutôt la langue de la corruption qui sévit sur une large partie de la scène médiatique et journalistique française. Les documents ci-joint, apportés à titre d’illustration, dévoilent le nom de Dominique Lagarde (L’express), Mireille Duteil (le point), José Garçon (Libération) qui sont soudoyés par le pouvoir corrupteur du régime monarchique de Rabat. Ces journalistes sont, en effet, enrôlés par un agent des services secrets marocains, Ahmed Charai, pour orner le visage répugnant d’un royaume qui commet quotidiennement des atrocités contre non seulement le peuple sahraoui mais aussi contre le peuple marocain. Parmi les consignes qu’ils ont reçu du Makhzen marocain, mener des campagnes de dénigrements contre le Polisario et l’Algérie à travers des publications virulentes et des âneries protéiformes pleines de désinformation et de haine. 
De ce fait, l’opinion publique française doit être brouillée, manipulée pour que les politiques du royaume marocain restent dans les bonnes grâces du gouvernement français en vue de garantir son appui à l’échelon onusien et maintenir le contrôle du Sahara Occidental dont la France joue un rôle primordial dans son occupation encore persistante au mépris de la loi et la légalité internationales. 
Si on parle de ‘la puissance pauvre’ il existe aussi ‘le journalisme pauvre’.