La CAN-2015 dévoile au grand jour l’hypocrisie marocaine envers les pays africains

Le Maroc se tourne-t-il réellement vers l’Afrique comme il prétend le faire ? Sa demande de report de la CAN-2015 rejetée par la Confédération africaine de football (CAF) et son probable désistement de l’organisation de ce plus grand événement footballistique africain affirment tout le contraire. Et même s’il ne se désiste pas (il a jusqu’à aujourd’hui samedi pour faire connaître sa décision finale), ce sera en raison des lourdes sanctions financières et sportives qui pèsent sur lui. 
Pour de nombreux observateurs, la CAN-2015 a le mérite de dévoiler le vrai regard que porte le Makhzen sur le reste de l’Afrique et met à nu son hypocrisie d’«africaniste». La raison est que toute l’argumentation mise en avant pour justifier la nécessité du report de cette CAN ne tient pas la route. Les membres du comité exécutif de la CAF ont estimé que les craintes exprimées par la Fédération marocaine du football, sous les pressions du palais royal, sur le risque d’une prolifération sur le territoire du royaume du virus Ebola sont démesurées. Cela d’autant plus que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), dont les experts suivent de très près l’évolution de cette épidémie, considère qu’il n’y a aucune nécessité de reporter ce rendez-vous footballistique. Il suffit de prendre les mesures et précautions nécessaires pour son bon déroulement, telles qu’édictées par les experts en épidémiologie. 
La CAF travaille, en effet, en concertation avec l’OMS pour ce faire. Trois pays seulement sont fortement touchés par cette maladie au point de ne pas pouvoir accueillir des matches de football, à savoir la Sierra Leone, la Guinée et le Liberia. Hormis la Guinée qui a encore une chance, bien qu’infime, de se qualifier, les autres ne participeront pas à cette compétition. 
Les arguments avancés par le Maroc ne sont en effet pas convaincants, si l’on sait qu’il va accueillir en décembre prochain la Coupe du monde des clubs qui verra la participation du Real Madrid, qui viendra de l’Espagne, laquelle a déjà découvert deux cas d’Ebola sur ses terres. Si le but marocain était d’éviter des foyers d’Ebola sur son sol, pourquoi maintient-il la Coupe du monde des clubs champions dont l’un des clubs participants est issu d’un pays contaminé par ce virus craint par le Makhzen ? Le Maroc ferait-il la différence entre le virus Ebola qui évolue en Afrique et celui qui se trouve en Europe ? 
Autre élément qui démontre l’hypocrisie de ce pays envers les pays africains, avec lesquels il noue des partenariats économiques, c’est le fait que, selon les estimations de la CAF, très peu de supporters africains (hormis ceux établis au Maroc ou en Europe) vont y aller au Maroc pour assister à cette CAN en raison du séjour onéreux et du pouvoir d’achat très faible de l’écrasante majorité des citoyens africains. Autant de preuves qui démasquent les autorités marocaines, qui ne voient en les Africains que des marchés intéressants pour écouler leurs productions invendables, sous l’effet de la rude concurrence, sur les autres marchés continentaux et internationaux.
Rafik Meddour