De l’OUA à l’UA, les défis toujours vivaces

Il y a 50 ans, un 25 mai 1963, naissait l’Organisation de l’unité africaine (OUA). Cet anniversaire est fêté avec faste, à Addis-Abeba, son lieu de naissance. La ville du Négus Ménélik, le pourfendeur et vainqueur du colonialisme italien.
Il y a 11 ans, l’OUA opère une mutation et se transforme en Union africaine (UA). Entre les deux événements, le continent, extirpé de la domination coloniale directe ou de l’immonde apartheid, a pu voir ses peuples connaître une certaine émancipation, alors que se posaient d’autres problématiques, d’ordre économique et politique, dont la récupération de la souveraineté sur les richesses et la quête d’une gouvernance profitable aux besoins de développement économique et social des Africains, formellement unis.
Mais les défis se sont avérés quasi insurmontables et l’Afrique a connu des déchirements sanglants, faits de guerres ethniques, de génocides, de conflits frontaliers. Avant d’être confrontée, aujourd’hui, à la réalité de la partition du Soudan et des agressions des anciennes puissances occupantes, revenues « démocratiser » (Libye, Côte d’Ivoire) ou « lutter contre le terrorisme » (Mali). Alors même que ces dix dernières années, le continent enregistre une croissance économique sans précédent, même si elle repose en grande partie sur des découvertes en pétrole, gaz et autres minerais. Cette croissance touche, y compris l’Afrique subsaharienne. Le cabinet d’audit Ernst & Young évalue l’évolution des investissements étrangers de 3,2 % en 2007 à 5,6 % en 2012. De quoi susciter de la satisfaction, sauf que l’impact sur la vie des populations est quasi nul. Le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad), mené par l’Algérie, l’Afsud et le Nigéria, les trois pays les plus riches, en dehors de la Libye, n’y est pas pour grand-chose, même s’il a contribué à impulser une réflexion sur la coopération interafricaine. Le Cheikh Anta Diop disait : « Un pays n’est pas seulement pauvre parce qu’il est mal gouverné ; il est aussi mal gouverné, car il est pauvre. »
Il disait aussi, à propos du monétarisme de la BIRD et du FMI : « Est-ce que les taux de croissance traduisent les indices du bonheur des sociétés ? » Force est de lui donner raison, quand on parle de l’Afrique. Surtout quand elle fait l’objet de convoitises de la part de puissances en butte à une féroce concurrence entre elles et que de nombreux pays vivent une allégeance assumée à l’égard de l’ex-colonisateur. Le 14 juillet 2010, 13 pays d’Afrique sont présents à Paris, à l’occasion de la fête nationale française et du 50e anniversaire de leurs indépendances (Cameroun, Burkina Faso, Tchad, Congo, Sénégal, Mali, Togo, République centrafricaine, Bénin, Mauritanie, Gabon, Niger, Côte d’Ivoire, Madagascar), et leurs armées ont paradé sur les Champs Elysées à la gloire de la Françafrique. Fin juillet 2010, la commission des affaires étrangères du Sénat français a recommandé de remettre l’Afrique subsaharienne au premier rang des priorités de la politique française « d’aide au développement », les atouts ébranlés de préemption comme arguments contre les appétits de la Chine en particulier, des Russes et des Etats-Unis. François Hollande a pu étrenner sa présence à la fête de l’UA.
Dès lors, la prétention affichée, « l’éradication de la pauvreté et à atteindre des taux de croissance du Produit intérieur brut (PIB) de plus de 7% pour les 15 prochaines années », inscrite dans les tablettes de l’Union africaine, semble difficile à tenir. Mouammar Kadhafi et son projet des Etats-Unis d’Afrique auront vécu. Du moins, tant qu’il n’y aura pas des Etats souverains, qui peuvent s’unir, la route est longue, d’ici à la construction d’une Afrique africaine
En attendant ce jour, ceux qui ont les moyens prennent des pistes plus souveraines, en diversifiant les partenaires ou en se posant en conquérant, tel l’Afsud qui affiche des prétentions d’émergence en s’alliant au groupe Brésil, Russie, Inde, Chine. Parmi les autres, selon le Land Matrix Project, depuis 2000, 
5 % des terres cultivables africaines sont passées entre les mains d’étrangers. Pour la seule période 2009-2010, 56 millions d’hectares ont été vendus. Fruit indicible du désarroi économique et de l’implacable loi de l’échange inégal qui pousse à compromettre toute possibilité d’impulsion interne.

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