Terre de paradoxes

L’Algérie donne bel et bien l’air d’être la terre de tous les paradoxes. Passons sur cet accord secret fort controversé à travers lequel la France aurait décroché le droit d’expérimenter sur notre territoire l’exploitation, tout aussi controversée que dangereuse, du gaz de shiste. Passons aussi sur le coût exorbitant du projet d’usine de montage de véhicules de marque Renault de bas de gamme, exclusivement destinés, donc, au marchés algérien et… africain, pendant que l’usine marocaine, pour le même prix, produira dix fois plus de voitures, de modèles tout aussi différents que prestigieux, et dont une bonne partie ira tout simplement satisfaire la demande… européenne.
 
Ici, les paradoxes sont nombreux. Ils résident, d’abord, dans le fait que l’Algérie, dont le bas de laine est rempli à rasbord, n’a absolument aucune concession à faire à une France en pleine crise financière, et dont le taux de croissance, cette année, va avoisiner le chiffre nul. Ils se trouvent, ensuite, dans le fait que l’ancien colonisateur, qui n’a même pas daigné se fendre d’une petite «repentance» histoire de «rembourser» toutes ces largesses tout aussi injustifiées qu’inespérées, a déjà pratiqué pendant des années des essais nucléaires sur le sol algérien. Voilà que le même scénario se reproduit avec le gaz de shiste.
 
À croire que l’histoire n’apprend rien à certains de nos dirigeants. À moins que Fabius, le chef de la diplomatie française, n’ait tout simplement fabulé lorsqu’il s’en était ouvert à un journaliste du magazine Le Point. Encore faut-il ajouter ici (paradoxe de plus ?) que nous ne savons pratiquement rien sur le restant des contrats, nombreux, qui ont été conclus entre les deux pays. Hollande, n’est-il donc venu en Algérie que pour faire ses emplettes de Noël ?
 
La période des soldes n’avait pourtant pas encore commencé. L’heure de solder les comptes, elle, donne l’air d’avoir été repoussée sine die par un président français qui a su «séduire» à moindre coût, sans rien céder sur l’essentiel. Il ne faut pas croire, par exemple, que la France va s’en tenir aux promesses faites par son président quand celui-ci a déclaré que son pays va se contenter de soutenir l’application des résolutions onusiennes, en ce qui concerne la question du Sahara occidental. Paris, en effet, va continuer à soutenir la politique colonialiste, belliqueuse et expansionniste de Rabat, tandis que Hollande, pour se racheter d’avoir opté en premier pour notre pays (besoins financiers urgents obligent) doit se rendre au Maroc en visite officielle dès le début de l’année prochaine.
Par Mohamed Abdoun
 
Le Courrier d’Algérie, 24/12/2012