Des retrouvailles politiques

Il est question, avec la visite d´Etat du président François Hollande, bien préparée depuis des mois des deux côtés de la Méditerranée, de retrouvailles politiques entre Alger et Paris.
La mise en quarantaine de l´Algérie au plan international durant la décennie 90 terminée, les relations entre les deux capitales s´étaient nettement réchauffées au début de la décennie 2000, toutefois sans jamais atteindre le niveau d´exemplarité que les présidents Bouteflika et Chirac voulaient leur donner.
La repentance en question
La conclusion d´un traité d´amitié n´aura pas lieu, le gouvernement français refusant de présenter des excuses officielles, ou du moins d´exprimer un sentiment de repentance pour les crimes commis par le système colonial en Algérie au nom de la France.
C´est paradoxalement le chemin inverse qui a été emprunté par le Parlement français lorsque le Palais de Bourbon avait été saisi en fin de mandat de Jacques Chirac du scandaleux projet de loi glorifiant les «bienfaits» du colonialisme.
C´est la stupéfaction dans les anciennes colonies françaises, plus particulièrement en Algérie, car l´examen de ce document par les députés français, même une fois retiré, est ressenti comme une injure à la mémoire de ses martyrs. Les relations algéro-françaises vont entrer dans une nouvelle phase de refroidissement.
Elles marqueront même une pause sous le mandat de Nicolas Sarkozy qui proposait tout simplement de tourner la page de la colonisation et d´aller vers un traité d´amitié. Les Algériens réserveront une fin de non-recevoir à cette idée.
Le Sahara occidental
Il faut dire aussi que sous le mandat de Giscard d´Estaing, en 1974, la France a joué à fond la carte de l´annexion du Sahara occidental par le Maroc en 1975, lorsque l´Algérie avait choisi de soutenir le droit du peuple sahraoui à l´autodétermination.
Jacques Chirac dont les liens avec la famille alaouite sont quasi-familiaux et Nicolas Sarkozy qui est pressenti aux fonctions de conseiller du Roi Mohammed VI, depuis son départ de l´Élysée, vont bloquer systématiquement les efforts de l´ONU visant à relancer le processus de décolonisation du territoire sahraoui.
En se rangeant inconditionnellement du côté du Maroc dans cette affaire, sous les gouvernements de droite, du RPR à l´UMP, la France a déséquilibré ses relations avec les pays du Maghreb.
L´ancienne puissance coloniale de la région avait ressorti, en fait, une fois son empire ébranlé, le projet Lyautey sur un ensemble francophone qui s´étend de Tanger au Rwanda où la France est intervenue militairement, en 2005, dans le conflit ethnique de son ancienne colonie africaine. Paris ne veut pas d´un Etat sahraoui hispanophone qui viendrait rompre cette logique géostratégique. 
A la différence des dirigeants de la droite française, François Mitterrand, en visite à Alger comme premier secrétaire du Parti socialiste français, apportera son soutien au droit à l´autodétermination du peuple sahraoui.
Premier ministre du gouvernement de coalition en 2002 sous Jacques Chirac, Lionel Jospin restera sur cette position, ce qui lui vaudra des critiques du Roi Hassan II, lors des fréquents séjours de Chirac à Marrakech.
Irrité par la main basse que la monarchie alaouite voulait mettre sur la diplomatie française, par son puissant lobby français interposé, Jospin en donnera du «ce Monsieur», en allusion au Roi Hassan II. Son successeur socialiste à ces fonctions, l´actuel Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a apporté en son temps son soutien à un référendum au Sahara occidental.
Le nouveau départ
L´arrivée au pouvoir de François Hollande, en mai dernier, constitue un début de rupture avec les entraves de la France à la légalité internationale sur la question sahraouie.
Les dirigeants socialistes ne sont pas connus pour être des habitués de l´Amounia à Marrakech et n´ont donc aucun complexe à afficher les principes qui sont ceux de leur parti. En choisissant de se rendre en priorité à Alger pour sa première visite d´Etat à l´étranger, hors Union européenne, François Hollande a opté pour des relations politiques privilégiées avec l´Algérie.
Tous ses envoyés spéciaux qui ont fréquenté Alger ces derniers mois ont déclaré avoir décelé la même volonté politique chez le président Bouteflika. Un déclic s´est forcément produit en mai dernier.
Le gouvernement algérien avait fait bon accueil aux déclarations de François Hollande sur le comportement brutal du système colonial français en Algérie.
Visiblement, le nouveau gouvernement français n´est pas l´otage des nostalgiques de l´«Algérie française». Dans son équipe, on trouve de nombreuses figures qui ont un lien puissant avec l´Algérie.
Ces liens ne manqueront pas d´aider à promouvoir les relations algéro-françaises dans le sens de l´exemplarité et pourquoi pas de la conclusion du traité d´amitié tant espérée par les deux peuples algérien et français. 
Le Temps d’Algérie, 18 Déc 2012