Christopher Ross et les barbouzes tueuses de Mohammed VI

De notre bureau de Bruxelles, Aziouz Mokhtari

Rouer de coups, matraquer, lui cracher dessus et, au final, lui marcher sur le ventre en présence de sa sœur et de ses enfants, est-ce l’attitude la plus intelligente à avoir alors même que Christopher Ross n’avait pas encore quitté Laâyoune occupé ? Pourtant, la police et les militaires du Maroc n’ont pas hésité à y aller, férocement, pour massacrer Aminatou Haider, grande dame, indépendantiste sahraouie et défenseur des droits de l’Homme.
L’aveuglement marocain aussi barbare soit-il appelle à quelques réflexions. Le roi Mohammed VI estil en perte de vitesse pour laisser se faire réprimer Aminatou Haider au su et au vu de tous, pendant le séjour de l’émissaire onusien dans la région, dans le pays. Si tant est que oui, le souverain marocain détient encore toutes les cartes du Sahara entre les mains, pourquoi alors a-t-il agi aussi bêtement ? Mohammed VI s’était fait tancer par les Américains lors du soulèvement des populations sahraouies à Laâyoune, il y a deux ans, et les sévices corporels subis par Mme Haider étaient dénoncés violemment par les officiels américains (Wikileaks). Pourtant, la répression sauvage et publique continue alors même qu’à l’époque, la propagande du palais royal et de puissants lobbies européens avait pu accréditer la thèse des dépassements auxquels le monarque ne pouvait mettre fin parce qu’il les ignorait. Pour vicieuse qu’elle ait été, la réplique avait, néanmoins, servi à cacher le soleil avec un tamis. Juste après, le palais commet une autre bourde royale. La demande du dessaisissement du dossier sahraoui par Christopher Ross au compte de l’ONU. Là, Mohammed VI s’attendait à tout sauf aux réponses cinglantes et sans ambages du secrétaire général de l’ONU et des officiels US. Ban Ki-moon puis Hillary Clinton, B. Obama, enfin, quoique de façon sournoise, indiquent à Rabat que Christopher Ross reste le temps de sa mission et ce n’est pas au Maroc de démettre les émissaires onusiens. Difficile aux sbires de Sa Majesté de coller le ratage à Benkirane, le Premier ministre, comme cela avait été envisagé, cela aurait été ridicule, tout le monde sachant parfaitement que c’est le roi seul, avec la France, qui gère le dossier sahraoui. Faire le dos rond, telle a été la consigne. L’attentat dont a été victime Aminatou Haider jeudi dernier révèle, pourtant, que Mohammed VI n’a encore rien compris à la question sahraouie, ni aux motivations du peuple des nuages que ni la répression, ni les louvoiements, ni les débauchages ne peuvent faire oublier sa détermination à l’autodétermination, d’un mot à l’indépendance. En se livrant à des pratiques sauvages, de répression contre un symbole de la résistance, mondialement connu, belle femme et mère de deux enfants, au comportement exemplaire et au courage forçant le respect de toutes et tous, jusque et y compris certains de ses ennemis, Rabat est aux abois, ne sait plus quoi ni comment agir. Les attitudes royales actuelles rappellent, étrangement, le forcing opéré par les ultras de l’Algérie française quand ils commencèrent à comprendre que l’Algérie de papa, c’était fini. Certes, il y a eu l’OAS, de lâches exécutions, des assassinats gratuits, du plasticage, des bombes, des attentats. L’indépendance de l’Algérie était, dès ce moment-là, inscrite dans le marbre, inéluctable, en marche. Aminatou Haider vaincra, c’est évident. Nos deux Djamila (Boupacha et Bouhired), Hassiba Ben Bouali, Zohra Drif-Bitat, Malika Gaïd en sont la preuve pour l’indépendance. 
A. Z.
Le Soir d’Algérie, 7 Nov 2012