La guerre des ondes

Deux évènements médiatiques en une semaine ont de nouveau convoqué les consciences arabes et, remis en cause le professionnalisme d’une presse occidentale qui brandit, haut, le culte de la liberté d’expression lorsqu’il s’agit d’enterrer un peu plus l’arabo-musulman. Le traitement médiatique de l’affaire Merah laisse pour le moins pensif et perplexe. Après les journalistes soldats embarqués dans les chars de l’US Army, TF1 invente les journalistes avocats.
L’initiative de TF1, proche de la droite française, ouvre grande les portes d’interrogations légitimes sur les raisons occultes qui ont poussé la chaine à diffuser des extraits choisis des négociations, entre Merah et les négociateurs du Raid. TF1 a donc endossé le rôle de la défense des policiers du Raid, accusé par le père de Merah d’assassins. La chaîne française s’implique complètement dans cette affaire, en s’arrogeant le droit de porter préjudice à la ligne de défense de l’avocate algérienne avant même le début de la procédure judiciaire. 
De l’autre côté de la Manche, et près de quinze ans après sa disparition tragique, le 31 août 1997 à Paris sous le pont de l’Alma, la mort de Lady Diana et de son compagnon Al Fayed, fait toujours peur à la Couronne. Mohammed Al Fayed, le père du dernier compagnon de la princesse de Galles, avait commandité, il y a quatre ans déjà, un film documentaire sur la thèse d’un assassinat fomenté par la famille royale d’Angleterre. « Unlawful Killing » ou « assassinat anonyme », cette contre-enquête à charge devait sortir le 31 août prochain, mais la censure britannique est passée par-là n’autorisant sa sortie qu’à condition que le montage soit soumis à 87 coupes. 
Face à cette injonction, les responsables de la société de production d’Al Fayed ont décidé d’abandonner la partie, abandonnés également par les distributeurs soucieux de ne pas avoir la Grande Bretagne sur le dos. « Unlawful Killing » ne verra pas le jour, parce que la version défendue par le documentaire ne cadre pas avec les conclusions officielles de l’enquête. L’interdiction insidieuse renseigne sur le degré d’hypocrisie des médias occidentaux capitalisés autour de lobbies, dont les tentacules se sont refermées sur les derniers bastions de la liberté d’expression. Et que dire des Arabes. 
En dehors des chaines publiques tournées vers leur employeur, l’Etat, les autres sigles sont devenus les instruments d’une propagande politique régionale employée pour carrément mettre le feu dans certains pays arabes. 
L’exemple d’Al Jazeera est là dans toute sa laideur. Aux ordres des puissances monarchiques et des capitales occidentales, Al Jazeera continue, par sa désinformation et sa capacité à manipuler les opinions publiques, de susciter les pires troubles dans le monde arabe.
Moncef Wafi
Le Quotidien d’Oran, 12/07/2012