MUJAO : quelques indices révélateurs

Omar Ould Hamma

Beaucoup de question se sont posés sur la réalité de ce dernier né appelé MUJAO. Il s’est proclamé dissident d’AQMI, mais il n’a annoncé sa naissance que le 10 décembre 2011, soit près de 3 semaines après l’enlèvement de trois ressortissants européens à Rabouni. Pour un groupe qui critique AQMI pour son « manque de dévouement au Jihad » et promet « d’étendre ses opérations en Afrique de l’Ouest », sa première cible était un camp de réfugiés sahraouis dans le sud-ouest algérien. Son acte de naissance l’a signé dans un double message audio et écrit transmis à une agence qui deviendra sa tribune préférée, l’antenne de l’AFP à Bamako, dont le patron, Serge Daniel s’est autoproclamé sur les antennes de France 24 expert en terrorisme au Sahel. 

Un faux document fabriqué par les marocains

La déclaration de naissance du MUJAO et la revendication du rapt des trois coopérants pro-sahraouis ont été faits dans le même communiqué diffusé par l’AFP. Celle-ci n’y manquera pas d’ajouter que « dans le noyau, il y a des éléments sahraouis qui ont participé à l’enlèvement des trois Européens dans les camps de Tindouf ». Cela rappelle étrangement un autre enlèvement, celui des trois Espagnols de l’ONG catalane Barcelona Accio Solidaria, kidnappés le 29 novembre 2009 sur la route Nouadhibou-Nouakchott, à environ 170 km au nord de la capitale mauritanienne. L’auteur, le bandit malien Omar Ould Sidahmed Ould Hamma, aura droit à un nouveau baptême. L’AFP le présentera, désormais, sous le nom de Omar Sahraoui. Les services secrets marocains prendront le soin de lui procurer des faux documents sahraouis. Leurs relais en Mauritanie, les deux nouvelles agences d’information ANI et Al-Akhbar, s’occuperont du reste du travail. 
Ainsi, l’AFP révéla des tensions entre Bamako et le Front Polisario suite à l’opération menée par l’armée sahraouie en territoire malien pour capturer des trafiquants liés à l’enlèvement de Rabouni. La nouvelle a été démentie par un communiqué du gouvernement malien. 
La libération d’Omar Ould Hamma, au mois d’août 2010, en échange de la libération des otages espagnols, mettra à nu les mensonges de l’AFP et ses comparses mauritaniennes. 
La revendication de l’attentat de Tamanrasset nous permettra de découvrir, toujours grâce à l’AFP, un nouveau porte-parole qui, curieusement, porte aussi le pseudonyme de Sahraoui. Les relais de Nouakchott se sont occupés de divulguer que l’un des kamikazes est d’origine sahraouie, avant même que l’enquête algérienne obtienne les résultats des analyses ADN. 
Si, officiellement, le mauritanien Hammada Ould Kheïri est le chef du MUJAO, dorénavant, le dénommé Adnan Abou Walid Sahraoui occupera le devant de la scène, mais il ne montrera pas son image malgré ses contacts prolifiques avec l’AFP. Il communiquera directement avec celle-ci, par écrit et par téléphone. Il ne manquera pas de s’adresser aux sahraouis, toujours via l’agence de presse  gouvernementale française, pour leur inciter au « jihad contre l’injustice de l’ONU ». L’intérêt que le MUJAO porte au destin des sahraouis le pousse à s’attaquer à son principal allié, l’Algérie. Drôle de solidarité. 
Pour la libération des deux espagnols et de l’otage italienne, Abou Walid réclame une rançon de 30 millions d’euros sans, toutefois, oublier d’en mêler les sahraouis, puisqu’il exige aussi la libération de deux prétendus sahraouis arrêtés par la Mauritanie. « Vraiment, nous pensons à attaquer l’Algérie, comme l’attentat de Tamanrasset qui a été exécuté par deux jeunes, un Sahraoui et un Malien d’origine arabe », avait-il affirmé. 
Certes, la situation géopolitique au Mali est complexe. Mail il y a des indices qui ne trompent pas. Pourquoi le nom des sahraouis est soulevé à chaque fois ? Qui, a part le Maroc, tente, depuis des années, de salir la réputation sahraouie ? Ce pays, le Maroc, est protégé au Conseil de Sécurité par une puissance mondiale qui a des grands intérêts au Mali. Cette même puissance est, depuis l’épisode libyen, l’allié du Qatar. Des informations publiées par Le Canard Enchaîné ont fait état d’un possible financement du MUJAO par le Qatar. Certes, ce dernier l’a démenti en précisant que la mission du croissant rouge qatari à Gao n’a fait que recenser les besoins des populations, mais selon la page Facebook d’un azawadien, des blessés du MUJAO qui ont été refoulés à la frontière par les autorités algériennes ont été pris en charge par le croissant rouge qatari à Niamey. Plus encore, ils affirment que le nigérien Mahamane Issoufi vient de nommer comme conseiller Limam Chavi (aussi conseiller de Blaise Compaoré et de Guillaume Soro) et que ce dernier « a passé, en avril, une semaine à Gao aux frais du MUJAO ».