L’intrigante «mission» du MUJAO

Créée en mars 2011, soit en plein «Printemps arabe», la mystérieuse organisation terroriste appelée Mouvement pour l’Unicité et le Jihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) s’en prend uniquement à l’Algérie. Qui est derrière cette organisation criminelle ? Quelles sont ses «missions» ? Et pourquoi cible-t-elle uniquement le Sahel, alors que son appellation indique l’Afrique de l’Ouest ?
Le MUJAO, ce groupe terroriste opérant au Sahel, dont le chef terroriste n’est autre qu’Abou Gaâgaâ, un mauritanien, longtemps recherché par les services de sécurité mauritaniens, s’acharne de plus en plus sur l’Algérie. Composé de près de 1000 terroristes fortement équipés en armes et matériels. Ces derniers font, aujourd’hui, partie de ce groupe sanguinaire, dont certains sont de nationalité algérienne, alors que d’autres sont des Maliens, des Mauritaniens ; on trouve même des Tunisiens, des Nigériens et des Marocains. Cette organisation criminelle est derrière plusieurs attaques terroristes opérées sur les frontières algériennes, et cela depuis sa création toute récente. Cela nous amène droit à poser plusieurs questions sur les origines de MUJAO. Mais aussi sur son mode opératoire qui privilégie uniquement le Sud algérien. Pour mieux expliquer cet acharnement du MUJAO, il faut commencer par faire la chronologie des attaques orchestrées par ce groupe islamiste armé. En novembre 2011, un commando armé, appartenant au MUJAO, avait infiltré les frontières nord-ouest du pays, avant d’enlever trois humanitaires européens, travaillant pour le compte des Nations unies dans les camps de réfugiés de Tindouf. Ce rapt avait été revendiqué par ce groupe quelques jours après. Poursuivant leur acharnement visant l’Algérie, les fous de Dieu du MUJAO avaient réédité une autre attaque, cette fois c’est à Tamanrasset, à l’extrême Sud du pays. Ici, un attentat suicide commandité par deux jeunes kamikazes, le premier d’origine malienne et le second un subsaharien. Ces deux terroristes avaient foncé, avec leur Toyota Station bourrée de 200 kg sur le siège de la brigade territoriale de la Gendarmerie nationale. Bilan : 23 algériens blessés, dont 17 gendarmes. Un attentat revendiqué un jour après par la sphère du MUJAO. Ces criminels avaient menacé d’exécuter d’autres attentats sur le sol algérien, dans le cadre de ce qu’ils appellent la «guerre» sainte contre l’Algérie. Une guerre déclarée uniquement contre l’Algérie et qui s’est soldé, par la suite, par l’enlèvement de sept diplomates algériens, dont le consul Boualem Sias, le 5 avril dernier, à Gao. C’est toujours le même groupe qui est derrière cette énième action visant l’Algérie. De mal en pis, le 29 juin passé, les sbires d’Abou Gaâgaâ avaient ciblé, cette fois, le Commandement régional de la Gendarmerie nationale de Ouargla. Ici, un kamikaze avait foncé, également, sur le siège, sans toutefois arriver au but, faisant un mort parmi les gendarmes et trois autres blessés. Cette nouvelle attaque a été perpétrée au lendemain des menaces projetées par cette organisation criminelle, qui butent toujours sur la stabilité et la sécurité des frontières algériennes.
Comment le MUJAO s’est doté d’une capacité de nuisance en si peu de temps ?
Le mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (qui, rappelle-t-on, sévit bizarrement en Afrique du Nord) est présenté comme étant une «dissidence» d’Aqmi.
La création de cette organisation terroriste dirigée par un chef terroriste connu sous le pseudonyme d’Abou Gaâgaâ, d’origine mauritanienne, en mars 2011, impose nombre de questions dont celle relative à sa capacité de nuisance. En effet, comment le Mujao a, en seulement quelques mois, pu se doter d’une telle capacité de nuisance qu’Aqmi, dont il serait issu, ne dispose pas ? Des armes acquises, sûrement, depuis la Libye là où les dépôts d’arsenaux de guerre avaient été dépouillés lors de la guerre civile contre l’ex-régime kaddafiste. On parle ici d’armes très sophistiquées, parmi elles, des RPG7, des FM/PK et des missiles sol-air de type S300 qui seraient tombées entre les mains des terroristes salafistes. Avec ces arsenaux, la capacité du MUJAO ne fait que s’agrandir, dans une région attirant les convoitises des pays puissants. D’ailleurs, le fait de s’attaquer uniquement aux intérêts algériens dans une région où sept pays existent, cela prouve les enjeux de cet acharnement. L’Algérie est considérée comme étant le pays le plus puissant dans la région du Sahel et du Maghreb et également un leader dans la lutte antiterroriste, un pays aussi connu pour sa défense des droits des peuples à l’indépendance et un pays qui est en train de s’armer davantage, tout cela a fait que l’Algérie soit le pays à traquer. En plus de tout cela, l’Algérie a été ciblée par ce qu’on appelle le «Printemps arabe» ; certes, elle est toujours debout et le «tremblement de terre» des révolutions arabes ne l’a pas touchée. Toutefois, elle est toujours dans l’œil du cyclone. Cela se traduit, actuellement, sur la sécurité de ses frontières. Des frontières explosives, là où les terroristes veulent à tout prix frapper. Certaines parties étrangères veulent pousser coûte que coûte l’Algérie dans le ghetto malien. Cependant, les autorités algériennes sont conscientes de ce piège tendu.
Par Sofiane Abi
Le Jour d’Algérie, 1/07/2012