Alors qu’Alger attend du concret : Paris prend son temps

La France se tourne vers l’Algérie pour asseoir les jalons de sa politique en Afrique et dans le monde arabe. L’élection de François Hollande et le départ de Nicolas Sarkozy devraient donner un nouveau souffle aux relations tumultueuses entre les deux pays.
A la veille du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, bien de dossiers restent encore en suspens, mais les responsables français semblent comprendre que l’amélioration des relations avec Alger ne peut se faire sans le règlement définitif de l’épineuse revendication de la repentance. 
Dominique de Villepin, ancien Premier ministre et ex-ministre des Affaires étrangères français a déclaré avoir  » la conviction que la clé d’une nouvelle politique arabe de la France, est une nouvelle relation de la France et de l’Algérie fondée sur une réconciliation historique comme nous l’avons fait avec l’Allemagne ». Ce diplomate s’exprimant dans une tribune publiée par le quotidien «Le Monde», a ajouté que « l’Algérie semble immobile. Elle se débat avec la mémoire de ses passés, de son indépendance, de sa guerre civile meurtrière. Soyons au rendez vous de la réconciliation », a-t-il ajouté. Cette réconciliation passe par « des signaux forts, notamment une visite du chef de l’Etat chez nos partenaires de la région, pour montrer que nous sommes aux côtés des peuples », écrit il encore, rappelant notamment l’accueil populaire réservé à Jacques Chirac lors de sa visite en Algérie. Bien que la relance tant attendue des relations entre les deux pays tarde à se faire, il n’empêche que tout donne à croire que les prochains mois seront chargés pour les deux capitales. Outre les dossiers d’ordre diplomatique et économique, le rôle que joue l’Algérie dans la région du sahel et le développement que connaît le monde arabe suite aux dernières révolutions impose à Paris une nouvelle approche, qu’elle ne peut concrétiser sans qu’elle ne se résigne à composer avec Alger. Une vérité que les responsables de l’Hexagone semblent bien comprendre. Avant son élection le président François Hollande avait déclaré vouloir en finir avec « la guerre des mémoires ». « Aujourd’hui, entre une repentance jamais formulée et un oubli forcément coupable, il y a place pour un regard lucide, responsable sur notre passé colonial et un élan confiant vers l’avenir », avait-il écrit. De son côté le nouvel ambassadeur de France en Algérie a indiqué récemment que « le moment est venu de lui donner [à la relation algéro française] une nouvelle impulsion, une nouvelle ambition et de lui conférer toute l’envergure mais aussi la sérénité et la chaleur qui conviennent », « La relation entre les deux pays ne se compare à aucune autre », a-t-il souligné à l’issue d’un entretien avec le Président Abdelaziz Bouteflika. Ces déclarations de bonnes intentions ne sont toutefois pas très convaincantes. C’est du moins ce que l’on peut comprendre de la dernière sortie médiatique du ministre du Moudjahidine, Mohamed Chérif Abbès, affirmant que l’Algérie veut « des actes concrets » de la part de la France. Et pour commencer, va-t-on voir, le nouveau président français faire un pas en avant et tenir un discours évolué concernant la repentance de la France coloniale à l’occasion du 5 juillet prochain. A l’heure actuelle, seule la visite à « brève échéance » de Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères a été confirmée.
Par Aomar Fekrache
Les Débats, 28/06/2012