Retour des camps de réfugiés : un témoignage à vif

Par Olivier Quarante
Elisabeth Peltier revient tout juste de son énième séjour auprès des réfugiés Sahraouis. «J’ai tant à dire : de leur fatigue, de leur espoir sans cesse bafoué, de ceux qui baissent les bras, de ceux qui résistent…», dit-elle. Nouvellesdusahara.fr lui ouvre ses colonnes pour qu’elle livre son témoignage à vif.
Elisabeth Peltier connaît très bien les Sahraouis. Depuis douze ans, elle multiplie les séjours dans les camps de réfugiés près de Tindouf en Algérie. Elle s’est prise de passion pour le camp de Dakhla, le plus isolé. Elle y a tissé des liens de confiance.
Elisabeth Peltier a publié chez L’Harmattan «Malgré tout, Dakhla existe…», à la fois journal personnel et témoignage précis et documenté sur la vie de ces familles.
Son témoignage :
«Je reviens des camps de réfugiés Sahraouis et j’ai tant à dire : de leur fatigue, de leur espoir sans cesse bafoué, de ceux qui baissent les bras, de ceux qui résistent, de l’incompréhensible, des paradoxes, de tout ce qui fait ce peuple…
Tout se dégrade : santé, espoir, avenir, projets, même s’il y a des poches de résistance…
«Il est essentiel que mes amis là-bas me voient revenir sans cesse, que je leur renouvelle ma confiance, qu’ils me disent et me montrent ce qu’ils deviennent ou ne deviennent pas. Le revirement actuel de l’ONU «découvrant» le peu d’efficacité de la Minurso, le blocage instauré par la France, les allégations mensongères du Maroc sur «les séquestrés de Tindouf» (1)…
Rien ne change et moi, je poursuis cette chimère parce que j’aime ce peuple mais que puis-je faire de plus ? Une amie Sahraouie me dit que c’est à son peuple de bouger maintenant.
«Entre coopérants, nous échangeons sur l’évolution de la situation et le sentiment très fort au sein de la population d’une lassitude face à cet attentisme. Les faits sont là sans appel : tout se dégrade, santé, espoir, avenir, projets même s’il y a des poches de résistance, la volonté de certains à croire encore.
«Je vais assister sous une raïma (tente traditionnelle) à un rassemblement de personnalités sahraouies, des nobles vieillards à la barbe blanche revêtus de leur dra’a qu’ils portent fièrement avec une telle allure. Un vieux soldat, long fusil à la main, fait un discours applaudi à tout rompre. Des slogans fusent. Ils parlent de liberté et d’indépendance et sont repris par les gens massés sous la tente.