La victoire des socialistes aux législatives en France peut bousculer quelques lignes au Maghreb

Le parti socialiste français a remporté une large victoire aux élections législatives, obtenant la majorité absolue, ce qui lui offre une marge importante vis-à-vis de ses alliés. Ce résultat donne une certaine clarté dans la politique qui sera suivie par la France dans différents domaines qui concernent, directement ou indirectement, les pays maghrébins : politique envers les immigrés, politique méditerranéenne, coopération nord-sud, relations avec l’Afrique et le monde arabe.
La France a voté à gauche aux législatives de dimanche 17 juin. Le parti Socialiste dépasse le cap des trois cents sièges, obtenant la majorité absolue à l’Assemblée nationale. Il associera ses alliés, notamment les Verts, au gouvernement, mais sa marge de manœuvre lui permettra de trancher sur des sujets délicats qui peuvent heurter ses alliés écologistes ou ceux du Front de gauche.
Le Front National, parti d’extrême-droite, fait son retour au Parlement, avec deux sièges, mais l’évènement aura une portée symbolique plus que politique. Il ne change rien aux données fondamentales de la vie politique française, qui sera orientée à gauche, dans la foulée de l’élection de François Hollande à la présidence de la République le 10 mai. Le succès de la gauche confirme également les victoires socialistes antérieures remportées depuis trois ans, aux élections locales, cantonales, au sénat puis aux présidentielles.
Ce virage à gauche soulage les Maghrébins établis en France, ainsi que les Français d’origine maghrébine et africaine. Le thème de la sécurité, auquel étaient implicitement associés les étrangers, était devenu omniprésent dans le débat politique français, particulièrement durant le mandat de Nicolas Sarkozy. Il avait créé un climat difficile, exploité par le Front National pour mettre en accusation les étrangers.
En politique étrangère, si quelques lignes bougent, la victoire des socialistes aux législatives en France ne change pas fondamentalement la politique française envers le Maghreb. Pour la France, ce sera toutefois une aubaine pour faire oublier les échecs répétés de Nicolas Sarkozy, ses choix controversés et ses aventures en Afrique du Nord.
L’ancien président français avait choisi l’Egyptien Hosni Moubarak pour co-présider son projet d’Union pour la méditerranée (UPM), et le tunisien Zine El-Abidine Ben Ali devait offrir un siège à l’organisation. En Libye, l’engagement de la France a provoqué la fin du régime de Maammar Kadhafi, mais il a précipité le pays dans le chaos, avec des effets collatéraux dramatiques dans le Sahel. La crise malienne est ainsi le résultat direct de la déstabilisation de la Libye, avec notamment le retour de milliers de Touareg jusque-là stabilisés en Libye, ainsi que la circulation d’armes provenant des arsenaux libyens.
La nouvelle diplomatie française attendue au Mali
Sur le dossier du Sahara Occidental, les socialistes français sont traditionnellement plus favorables aux revendications du Polisario, mais rien n’indique un fléchissement de la position officielle française, plutôt favorable au Maroc. Auteur d’un lobbying très efficace, les dirigeants marocains ont ainsi réussi à établir de multiples réseaux avec les dirigeants français, hommes politique, chefs d’entreprises ou intellectuels, dont beaucoup passent leurs vacances au Maroc quand ils n’y possèdent pas de résidence. La culture politique algérienne est rébarbative à ces pratiques.
C’est cependant au Mali, où domine une situation très complexe, que la nouvelle diplomatie française sera mise à l’épreuve. La France, qui voulait susciter une action de la Cédéao (Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest), devra agir en tenant compte du poids de l’Algérie, de la situation interne du Mali, et du danger qui plane sur les otages algériens et français détenus par des groupuscules djihadistes dans le nord du Mali.
La nouvelle diplomatie française devra également gérer les conséquences du « printemps arabe », avec des lignes qui bougent dans la plupart des pays. L’instabilité en Tunisie, la menace de chaos en Libye, les incertitudes en Egypte, l’immobilisme en Algérie et la discrétion marocaine constitueront autant de dossiers complexes, imbriqués entre eux, que la France devra traiter avec beaucoup de tact.
Maghreb Emergent, 17/06/2012