Il n’y a pire colonisation que celle du Sahara Occidental

Le Sahara occidental est le dernier de la planète à être encore colonisé et par qui ? Eh bien par un pays arabe. Que l’on se rende compte de la situation, voilà une région collée au royaume du Maroc qui, certes, jadis faisait partie d’une autorité marocaine, mais laquelle ? Il y en avait plusieurs.
Toujours est-il que l’Espagne qui conquit les enclaves de Ceuta et de Melilla (qui lui appartiennent toujours) occupa la partie occidentale du Sahara qui s’étendait à toute l’Afrique du nord. Cette région désertique était habitée par des touaregs enracinés dans cette région du Sahel qui englobe Le Niger, le Mali, le sud de l’Algérie, la Mauritanie jusqu’à la partie septentrionale du Sénégal. De présence marocaine il n’y en avait point et lorsque les Espagnols y débarquèrent sur sa cote Atlantique qui faisait partie de cette région ils s’y implantèrent jusqu’en 1975. Ils baptisèrent cette partie occidentale du Sahara sahélien Rio de Oro. En 1975 les Espagnols qui, entre temps s’étaient débarrassés de Franco, mort de sa belle mort et qui remirent en scelle l’Etat de droit et la démocratie s’étaient rendus à la raison, celle de remettre à ses habitants authentiques les clés du Sahara dit espagnol et qui ne l’était plus. D’autant que les Sahraouis s’étaient depuis longtemps organisés et demandaient tous unanimement qu’on leur accordât l’indépendance, à l’instar de tous les peuples anciennement colonisés de la planète. Sous la houlette du Front Polisario les négociations sur la passation de la souveraineté espagnole à celle des représentants du peuple sahraoui étaient bien avancées et allaient pratiquement aboutir quand Hassan II ,roi du Maroc opposa un refus catégorique et proclama au nom d’une hypothétique souveraineté marocaine, dont on ne trouve la trace nulle part dans l’histoire, la marocanisation du Sahara occidental , faisant fi des doléances du peuple sahraoui qui n’ avait jamais eu de lien avec les monarchies et principautés marocaines . La seule présence étrangère qu’il avait admise car il s’agissait d’une supériorité en armes et en puissance c’était celle des Espagnols et uniquement d’eux.
La marche verte ou la colonisation de peuplement
On connaissait la fourberie du défunt roi du Maroc Hassan II Mais cette fois-ci il eut un trait de génie qui déclassa définitivement Machiavel. Le monarque chérifien, supposé descendant très éloigné de la fille de notre Prophète, ce qui n’a, du reste jamais été prouvé, ni établi historiquement, fit ce que les Israéliens faisaient déjà en Cisjordanie. Ils implantaient des colonies de juifs sur les terres palestiniennes en imposant à chaque fois la politique du fait accompli Cette stratégie de la perfidie mais qui était payante, Hassan II l’a calquée sur un personnage tout aussi fourbe que lui, Ariel Sharon. Ce dernier n’ ’avait-il pas dit un jour que lorsqu’il y aura trois cent à cinq cent mille colons juifs établis en Cisjordanie il ne sera alors plus question d’un Etat palestinien, en tous cas si une pareille éventualité finissait par arriver, un tel Etat serait tellement réduit qu’il ne serait pas viable. Hassan II qui n’ignorait pas qu’il n’avait ni la puissance ni les soutiens occidentaux dont disposaient et disposent toujours Israël , ne pouvait adopter la stratégie de la colonisation de peuplement à petites doses, car le temps jouait contre lui et que son puissant voisin l’Algérie qui reconnaissait par principe le droit à l’auto détermination du peuple sahraoui , allait réagir . C’est alors que ce roi adopta le plan d’une colonisation massive du Sahara occidental en demandant et en encourageant, souvent en utilisant la force, tous les déshérités de son royaume à envahir à pied le Sahara occidental. Ils se chiffraient par milliers. Il leur dit ceci « Voici l’Eldorado auquel vous avez toujours aspiré. Il est à vous : Prenez-le et que rien ne vous arrête sauf la frontière avec le Sénégal. Vous êtes les pionniers de l’extension du royaume. Vivez là bas, soyez entreprenants, enrichissez-vous ! » Le message fonctionna à merveille car des dizaines de milliers de marocains, tous vivant au dessous du seuil de pauvreté franchirent, en un temps record la frontière qui séparait jusque là l’ex Sahara espagnol du Sud marocain. Ils bousculèrent le peu d’habitants sédentarisés qui y vivaient dans ces petites villes garnisons, anciennement tenues par les Espagnols. Ils le firent avec une extrême brutalité, aidés en cela par la soldatesque marocaine qui semait la peur et le désarroi chez tous les Sahraouis qu’ils rencontraient sur leur passage. S’il y a une image qui s’adapte le mieux à cette « marche verte » c’est celle des troupes d’Attila le hun qui avait envahi l’Europe et arriva jusqu’au porte de Lutèce (Paris). L’exode de milliers de sahraouis commença alors et ils trouvèrent refuge en Algérie dans cette région de Tindouf, qui elle aussi avait été entre 1962 et 1963, le centre d’un conflit dont la cause était cet appétit glouton et vorace d’Hassan II qui revendiquait Tindouf comme possession marocaine.
Bientôt quarante ans
En 2015 l’annexion pure et simple du Sahara occidental par le Maroc atteindra sa quarantième année. Ceux qui marchèrent et s’installèrent dans ce pays en 1975, ont une progéniture qui est née là bas et qui se plait à vivre dans ce pays qui n’appartient ni à eux, ni leurs ancêtres. Il sera difficile de déloger des habitants dont le nombre est aujourd’hui évalué par l’ONU comme étant le double de celui des Sahraouis, d’où la complexité de parvenir à un accord entre le colonisateur jouissant du fait accompli et du prétendant à l’indépendance d’un pays qui a le droit international avec lui mais dont il ne pourra, sans doute jamais s’en prévaloir. 
Seyboustime, 17/06/2012