Mohammed VI et Nicolas Sarkozy: une si fructueuse amitié

Mohammed VI et Nicolas Sarkozy à Tanger le 29 septembre 2011. REUTERS/Philippe Wojazer
En cinq ans de mandat, l’ancien président a noué avec le roi du Maroc une amitié sur fond d’intérêts bien compris.
«Sarkozy n’a pas de riad au Maroc, juste un copain roi»,titrait le quotidien français Le Monde du 23 mai. Clap de fin pour l’histoire de la «villa de Sarko à Marrakech»? Rien n’est moins sûr.
Une dépêche de l’AFP a apporté la précision suivante:
«L’ancien président français Nicolas Sarkozy et son épouse Carla, en visite privée au Maroc, séjournent dans une résidence mise à leur disposition à Marrakech par le roi Mohammed VI.»
Riad, palais, villa… que de confusions!
Fait rare dans les annales de la communication marocaine, l’information est livrée par un «responsable des autorités locales qui a requis l’anonymat»:
«La résidence appartient à la famille royale et elle est située au coeur de la Palmeraie», assure la même source citée par l’AFP, qui ajoute que «la résidence où M. Sarkozy se ressource est réservée généralement aux invités du roi. Elle est très discrète, à l’abri des journalistes et l’ex-président y pratique régulièrement son jogging dans la palmeraie».
Des liens complexes
Soit. Mais le fait que Nicolas Sarkozy soit l’invité de Mohammed VI, ce qui n’est pas une nouveauté, n’invalide pas l’existence d’une villa qui aurait pu être offerte par ailleurs. Il n’est pas exclu que les deux affaires soient a priori distinctes. D’ailleurs aucun démenti n’est venu des protagonistes de l’affaire qui se refusent à tout commentaire.
Dans l’entourage de Sarkozy, seul Brice Hortefeux a qualifié de «plaisanterie» l’existence de l’hypothétique villa offerte. «Une énième rumeur malveillante», fustige l’ancien ministre qui s’est refusé à préciser si l’ex-chef de l’Etat séjourne dans une résidence mise à sa disposition à Marrakech par le roi Mohammed VI.
Pour le reste, l’énigme demeure entière: on le sait, les offrandes immobilières royales aux VIP sont rarement accompagnées de certificats de propriété nominatifs délivrés par un notaire…
Sur le lieu de résidence actuel des Sarkozy, la presse en perd d’ailleurs son latin, évoquant tour à tour et dans la confusion la mise à disposition par le roi d’un palais, d’un riad ou d’une villa. Surtout qu’à Marrakech, le roi possède plusieurs palais et résidences, que ce soit à la Palmeraie ou ailleurs dans la ville.
Des escapades fréquentes à Marrakech
Aux dernières nouvelles, il serait logé au Jnane Kébir, un palais cossu connu pour son jardin luxuriant et ses salons à la décoration africaine. 
Depuis 2008, lors de ses voyages privés à Marrakech, Sarkozy a été chaque année l’invité du roi et ce dans au moins trois résidences différentes, tantôt au Jnane Kébir, tantôt au Royal Mansour, un palace au superlatif qui appartient aussi au roi, mais également à La Mamounia, incontournable lieu de rendez-vous des VIP.
Pour l’anecdote, il n’était pas rare de voir le roi lui même venir chercher Nicolas Sarkozy et sa petite famille à bord d’un 4X4 rutilant pour une balade dans Marrakech…
L’ancien chef de l’Etat s’est rendu à Marrakech à quatre reprises en voyage privé: en mars 2008, juillet 2008, décembre 2009 et décembre 2010. Un record pour un président en exercice et surtout une certitude: pour tous ces voyages, Nicolas Sarkozy n’a pas payé. Pour les fêtes de fin d’année en 2011, seule son épouse Carla Bruni accompagnée de sa fille Guilia a fait le déplacement, Nicolas Sarkozy n’ayant pas eu le temps de les rejoindre en raison de la campagne présidentielle.
Avec Nicolas Sarkozy, Marrakech est devenue plus que jamais le lieu de villégiature des politiques français. Il a en cela surpassé son prédécesseur, Jacques Chirac, ayant pour sa part toujours été fidèle à La Gazelle d’Or, l’hôtel de luxe autrement plus discret de Taroudant.
Des liens indéfectibles
Il faut dire que le roi du Maroc a eu le nez creux avec Sarkozy et son style bling-bling. La «diplomatie pastilla» dont le royaume est passé maître pour charmer ses alliés a vite fait oublier les premiers couacs diplomatiques du début de mandat de Sarkozy.
On se rappelle l’ire de Mohammed VI de le voir choisir Alger pour son premier voyage officiel au Maghreb, de l’épisode tragi-comique de la vente manquée du Rafale à Rabat et de ce premier voyage officiel en 2007, à Marrakech justement, où Nicolas Sarkozy, en pleine tourmente de couple avec Cécilia avait fait grincer des dents le protocole chérifien en donnant du plat du pied au souverain chérifien (Nicolas Sarkozy avait croisé les jambes et il avait montré sa semelle à Mohammed VI).
Le soutien total de Sarkozy au plan marocain d’autonomie du Sahara Occidental, ses envolées lyriques pour soutenir son «ami le roi» pendant les moments difficiles des révolutions arabes, ses tirs de barrages à tous les détracteurs du royaume au Parlement européen, ses aides financières au développement, sa coopération culturelle jamais démentie et tous ces contrats de prestige (dont le TGV) en partie pris en charge par le contribuable français ont, en cinq ans, tissés des liens indéfectibles entre les deux hommes.
Une «amitié particulière» que le roi du Maroc voudrait perpétuer à tout prix, et surtout sans accrocs, avec François Hollande.
Ali Amar
SlateAfrique,