Mohamed VI et Hollande ont-ils évoqué le conflit du Sahara ?

Rabat.- L’une des raisons qui ont poussé le roi Mohamed VI à quitter il y a une semaine son douillet palais et supporter quelques heures d’avion pour installer sa khaima au château de Betz (ou au Palais Broglie à Paris, à savoir) va au-delà de la photo de famille que le sultan souhaitait faire avec le nouveau président français, François Hollande.
Mohamed VI est inquiet, et il a des raisons pour l’être.
Le nouveau premier ministre français Jean-Marc Ayrault, c’est-à-dire l’homme de la plus haute confiance du président puisqu’il est chargé de mener la politique gouvernementale de l’Etat, a une vision sensiblement différente de celle ses prédécesseurs sur le conflit du Sahara occidental.
Certains observateurs pensent qu’il a de la « sympathie » pour les thèses indépendantistes sahraouies.
Dans une lettre, révélée par le professeur Carlos Ruiz Miguel de l’Université Saint Jacques de Compostelle en Espagne, envoyée par Jean-Marc Ayrault à la présidente de l’Association des amis de la République arabe sahraouie,Régine Villemont, le premier écrit à la seconde que « les socialistes dans leurs déclarations publiques s’en tiennent depuis l’occupation du territoire par le Maroc à une position privilégiant le respect du droit à l’autodétermination des peuples colonisés ».
En somme, Ayrault, et le Parti socialiste français, estiment que le Maroc« occupe » le Sahara et que les Sahraouis sont des « colonisés » qui ont droit à l’autodétermination.
Certes, la missive a été envoyée le 31 mars 2011 quand Ayrault n’était « que » le président du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, mais elle est significative d’un état d’esprit. Ayrault détaille dans sa lettre les trois positions du PS sur le conflit (Voir document ci-dessous) qui seraient toujours en vigueur.
Ces positions, assez logiques et neutres du point de vue de la France, ne le sont nullement pour Rabat. Au nom des relations charnelles entre la France et le Maroc, ce dernier n’attend de son principal allié aucune logique, aucune neutralité. Le Maroc veut, et a toujours obtenu, un appui sans failles.
Sans l’appui inconditionnel diplomatique français cela fait longtemps que le Conseil de sécurité de l’ONU aurait imposé au Maroc un référendum d’autodétermination ou du moins la surveillance des droits de l’homme au Sahara par la MINURSO, la mission des Nations Unies sur place.
Quelque chose que le Maroc ne veut absolument pas en raison du peu de respect que font nos forces de l’ordre des droits d’autrui au Sahara, et partout ailleurs.
Alors, Mohamed VI et Hollande ont-ils évoqué le conflit du Sahara lors de leur première rencontre ? Peut-être, ou peut-être pas, mais le communiqué final de leur rencontre n’en fait pas mention.
Et Jean-Marc Ayrault, si l’on se réfère aux trois positions défendues par son parti, n’a sûrement pas changé d’avis.
Bien entendu, au nom de la Realpolitik le nouveau premier ministre français va être obligé de mettre de l’eau dans son vin, mais avec les temps qui courent, cela n’est pas suffisant.
Voir le chef de l’Etat marocain se démener comme un diable pour faire acte de présence à Paris, signifie beaucoup de choses. D’autant plus que la conversation téléphonique entre Hollande et le président algérien Abdelaziz Bouteflika, qui a eu lieu mercredi, a été rendue publique jeudi, c’est-à-dire le jour même de la visite de Mohamed VI à l’Elysée.
Comme si l’Elysée voulait mettre sur le même pied d’égalité Rabat et Alger.
Il faudra peut-être que la machine Mamounia se remette vite au travail, il y a péril au Palais.
Thami Afailal
Demainonline, 25/05/2012