Retrait de confiance ou des territoires ?

Par Noureddine Mezalla
Le Maroc a retiré sa confiance à l’émissaire de l’ONU, Christopher Ross, qui est chargé de  suivre le dossier épineux du conflit au Sahara Occidental. Le royaume chérifien a jugé tendancieux le rapport de l’émissaire onusien qui s’est pourtant, de ce qu’on en a su, limité à décrire une réalité. Il affirme que la MINURSO ne peut plus assurer ses prérogatives de façon neutre à cause des pressions du Maroc, «ni exercer pleinement ses fonctions de surveillance, d’observation et de liaison liées au maintien de la paix».
Tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la question comprendront qu’il n’est pas besoin de se rendre au Sahara Occidental pour se figurer qu’il y a des blocages qui ont ajourné mille fois le projet premier de la MINURSO qui demeure, rappelons-le, l’organisation d’un référendum comme le stipule ces initiales : Mission des Nations Unies pour l’Organisation d’un Référendum au Sahara Occidental… Si ce référendum avait eu lieu, on l’aurait su et l’actualité comporte beaucoup plus de faits de violences sur les populations sahraouies que de quelconques efforts de règlement politique pacifique du contentieux de la part des autorités marocaines. C’est donc dans la résolution du Conseil de sécurité de l’ONU, qui réaffirme la nécessité d’une «solution permettant la solution d’autodétermination», qu’il nous faut trouver les raisons du courroux de Rabat. Surtout que cette fois les Nations unies exigent la liberté totale de mouvement pour la MINURSO, dénonçant implicitement les manœuvres des  services de sécurité du makhzen, habitués à «balader» les chargés de mission par moult subterfuges. Des manœuvres qui ont toujours voulu bander les yeux d’une mission onusienne qui ne pouvait plus ignorer les exactions commises contre un peuple.
L’offensive du pouvoir alaouite contre l’émissaire de l’ONU relève d’une tentative de diversion. Le Maroc qui risque de perdre ses soutiens directs, depuis l’arrivée des socialistes au pouvoir en France, craint une dynamique nouvelle sur les territoires qu’il occupe depuis 1975, comme par exemple l’élargissement des prérogatives de la MINURSO qui pourraient, en révélant les atteintes aux droits de l’homme à la communauté internationale, obtenir enfin la tenue de ce référendum qui rendrait aux  Sahraouis leur terre et leur liberté.
Le Jeune Indépendant (version PDF), 19/05/2012