Paris peut-il vraiment lâcher Rabat ?

Dans une correspondance datée du 31 mars et adressée à la présidente de l’Association des amis de la République arabe sahraouie démocratique (AARASD), le nouveau Premier ministre français Jean‑Marc Ayrault explique la position du Parti socialiste sur le « difficile contentieux [le conflit du Sahara occidental, NDLR]… une position privilégiant le respect du droit international et du droit à l’autodétermination des peuples colonisés » (lire notre article). Il n’est pas utile de reprendre le reste du texte, ce passage étant assez édifiant sur le sujet qui nous intéresse, à savoir le point de vue des socialistes, complètement à l’opposé de celui de la France officielle, alors qu’aujourd’hui les voilà au pouvoir depuis l’arrivée de François Hollande à l’Élysée. 
A‑t‑on raison de penser que cela promet d’autres lendemains aux Sahraouis ? Des femmes, des hommes et des enfants qui endurent le calvaire sur un territoire devenu une sorte de Gaza du Maghreb, avec un mur érigé par les forces d’occupation marocaines et une partie de ce peuple qui végète depuis plus de trois décennies dans les camps de réfugiés de Tindouf en Algérie, dépendant de l’aide internationale pour survivre.
A‑t‑on raison d’espérer un réajustement de la politique française qui a, jusqu’alors, toute honte bue, préféré soutenir Rabat aveuglément au lieu de faire valoir ce droit international auquel se réfère dans sa lettre de l’année dernière l’actuel Premier ministre français ?
Il n’est malheureusement pas si simple de changer de cap dans les relations internationales qui sont d’abord motivées par les intérêts des États. Le bon sens anticolonial des socialistes français de notre temps pourrait buter contre la résistance du royaume chérifien et la crise que le Maroc saura provoquer, en cas de repositionnement de la France sur ce que les héritiers de Hassan II considèrent comme une question de souveraineté.
Qu’attendre de Paris qui, à maintes reprises, a usé de son droit de veto contre l’élargissement des prérogatives de la Mission des Nations unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara Occidental, la Minurso, afin de l’empêcher de se préoccuper des droits de l’Homme bafoués au quotidien par la répression opérée par l’armée et la police marocaines contre les populations sahraouies ? Un mea culpa public froisserait les Marocains en suscitant un sentiment anti‑français dans un pays où ils sont de plus en plus nombreux à posséder des biens immobiliers ou à prévoir leur retraite au soleil. Sans parler du rendez‑vous de la nomenklatura parisienne à Marrakech, véritable Monaco de la rive sud de la Méditerranée…
Il y a aussi cette face cachée du soutien indéfectible de la France à l’oppresseur : les ressources naturelles provenant du Sahara occidental en minerais mais aussi celles de ses eaux poissonneuses spoliées et bradées par le pouvoir marocain pour récompenser les connivences. Enfin, l’implantation à Tanger d’une usine de montage française dans le domaine important de la construction automobile prouve le degré de confiance et de compromission des deux États sur le dos d’un peuple depuis la marche verte en novembre 1975.
Avant de s’engager pour la cause sahraouie, la France aura du mal à se désengager de ses positions hostiles à ce peuple. Il faudra du temps et du tact au nouveau pouvoir français pour réajuster sa politique sur le conflit du Sahara occidental. Tandis que les Sahraouis ont déjà trop attendu. 
TSA, 17/05/2012