Baso Sangqu : changements « très déplorables » et rapport « édulcoré »

Sahara Occidental : l’ONU critique le Maroc
L’ONU a critiqué mardi, le Maroc pour avoir mis des entraves à sa mission au Sahara Occidental (Minurso), au cours d’une séance du Conseil de sécurité, consacrée à ce dossier. 
Dans un rapport au Conseil, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a déploré que «l’évolution des contraintes, au fil des années, empêche de plus en plus, la Minurso de s’acquitter de son mandat de manière crédible». Le rapport souligne notamment, sans autre précision, «qu’il semble que la confidentialité des communications, entre le quartier général de la Minurso et New York, ait été compromise au moins une fois». Ce QG est un ancien hôtel de Laayoune, dans une zone sous contrôle marocain. M. Ban regrette que «la présence de la police marocaine à l’extérieur du complexe, dissuade les visiteurs de se présenter à la Minurso, de leur propre chef». Il critique aussi «l’obligation de faire porter aux véhicules de la Minurso des plaques d’immatriculation diplomatiques marocaines (au lieu d’une immatriculation ONU) et le déploiement de drapeaux marocains autour du quartier général de la Minurso (qui) créent une apparence qui soulève des doutes quant à la neutralité de l’ONU». 
Selon M. Ban, «la Minurso n’est pas en mesure d’exercer pleinement ses fonctions de surveillance, d’observation et de liaison, liées au maintien de la paix ou d’endiguer, de sa propre autorité, l’érosion de ses capacités de mettre en oeuvre son mandat». M. Ban demande au Conseil «de l’aider à réaffirmer le rôle qu’il a confié» à la mission. Le Conseil doit voter, d’ici la fin du mois, une résolution pour prolonger d’un an, le mandat de la mission. Selon des diplomates, ce rapport est un des plus critiques des dernières années. «Les accusations d’espionnage du QG de la Minurso montrent notamment, la frustration de l’ONU», souligne un diplomate du Conseil. 
Une version initiale du rapport a été modifiée à deux reprises par le secrétariat de l’ONU, suscitant une controverse. L’ambassadeur sud-africain Baso Sangqu a jugé ces changements «très déplorables » et a estimé que le rapport avait été «édulcoré». 
Le Front Polisario avait dénoncé, lundi à New York, les agissements menés actuellement par la représentation française à l’ONU, visant à influer sur la teneur de la prochaine résolution sur le Sahara Occidental que le Conseil de sécurité devrait adopter, avant fin avril en cours. Le représentant du Front Polisario à l’ONU, M. Ahmed Boukhari, a fait savoir qu’à travers sa représentation au Conseil de sécurité,» la France vise à placer tous les obstacles et à mettre les bâtons dans les roues, afin d’éviter l’élaboration d’une résolution sur le Sahara Occidental qui soit à la hauteur des responsabilités du Conseil de sécurité et du message fort et clair envoyé par le Secrétaire général de l’ONU, dans ce qui reste de son rapport original». Mais pour le représentant sahraoui, «en dépit du forcing mené conjointement par le Maroc et la France pour changer ou atténuer la portée de certaines parties du rapport, ce dernier est et demeurera comme un appel au Conseil de sécurité et à la Communauté internationale pour qu’ils assument les responsabilités engagées depuis 1965 pour la décolonisation du dernier bastion africain sur l’agenda de l’ONU».
Le Quotidien d’Oran (Version PDF), 19/04/2012