Azawad : Alger refuse les « exigences » des ravisseurs

Le porte-parole de la «Djamaât et-Tawhid oua al-djihad fi Ifriqia elgharbiya », Adnane Abou el-Walid, un simple factotum entre au service de Mokhtar BelMokhtar, et selon ce qui lui a été exigé de dire, annonce que les sept diplomates algériens sont «en bonne santé», et que son groupe «attend un contact direct de la part d’Alger pour négocier». En fait, et dès la naissance de ce groupe, ses chefs cherchaient surtout à prendre langue avec Alger. Dans quel but ? La négociation directe, qui contraindrait l’Algérie à faire des concessions. Or, pour Alger, le dogme militaire en vigueur depuis la fin du GIA et le début de la concorde civile, c’est de laisser les portes ouvertes aux repentis et de combattre vigoureusement les groupes armés. Ni négociation, ni contacts secrets ne sont consentis, encore moins la rançon ou la libération de prisonniers salafistes. Deux semaines après la spectaculaire prise d’otages à Gao, les premières images et les premières informations arrivent, au compte-gouttes certes, mais arrivent quand même et prouvent que les sept diplomates algériens enlevés sont vivants. Le groupe «Djamaât et-Tawhid oua al-djihad fi Ifriqia el-djanoubia», communément transcris dans la presse française par le Mouvement pour l’unicité et le Djihad en Afrique de l’Ouest a diffusé les secondes images. La première fois, c’était juste une vidéo de quelques secondes ou l’on voyait le consul algérien, Boualem Sias, assis dans un technicals, le regard éprouvé, mais calme. La seconde vidéo est nettement meilleure, avec près de deux minutes d’images actives montrant les diplomates algériens, paraissant fatigués, mais visiblement en bonne santé.Toutefois, aucune trace de Boualem Sias. Vraisemblablement, il a été séparé de ses six autres compagnons, pour des raisons évidentes de rang : il sera «monnayé» à part… Le Mujao n’a pas fait de revendication particulière, ni de demande de rançon, n’a pas menacé non plus de les exécuter. Ce qu’il cherche c’est la négociation. Certainement pour arracher certains de chefs d’Aqmi emprisonnés à Alger, et auxquels il tient particulièrement.
LE MNLA SE LAVE LES MAINS DU RAPT DES DIPLOMATES 
L’Algérie avait dès le premier jour tenu le Mouvement national pour la libération de l’Azawad pour responsable du rapt des sept diplomates algériens, et donné des signaux clairs à ce mouvement qu’elle sera très pointilleuse sur ce sujet-là. Aussi, le Mnla, le mouvement rebelle touareg, a tenu à préciser que son mouvement avait offert de l’aide aux membres du consulat d’Algérie à Gao, avant leur kidnapping : « Nous leur avons proposé de les conduire jusqu’à la frontière avec le Niger, mais le consul général a refusé, invoquant des ordres d’Alger de rester dans la ville de Gao. Nous n’avons aucune responsabilité dans leur enlèvement », a assuré le Mnla. Aujourd’hui, l’affaire des sept diplomates algériens enlevés à Gao a prit des envergures internationales, avec l’implication et la condamnation des pays de la région, de la communauté internationale et de l’ONU. Les ravisseurs veulent négocier avec Alger pour plusieurs raisons, ce que refuse Alger, qui ne cherche jamais à négocier avec les terroristes. Un porte-parole de l’organisation terroriste, le «Mouvement Unicité et Djihad en Afrique de l’Ouest» a appelé les autorités algériennes à négocier la libération des sept diplomates algériens, détenus depuis bientôt deux semaines. Le fait est quand même très surprenant, car c’est pratiquement nouveau qu’un groupe terroriste cherche, lui-même, à négocier ses otages avec un pays.
MBM EN TOILE DE FOND 
Depuis leur rapt spectaculaire à Gao, Alger est sur toutes les pistes des sept otages, avant qu’un premier contact soit établi, indiquant que les diplomates «sont sains et saufs». Des indices ont averti que les preneurs d’otages obéissent aux ordres de Abdelhamid Abou Zeid et de Mokhtar Belmokhtar, deux des plus anciens émirs de la zone du Sud pour le Gspc, puis d’Aqmi, bien que le groupe dit « Djamaât et-Tawhid oua aldjihad » soit mis en avant pour des raisons de commodité. Des sources sûres ont affirmé il y a trois jours, que Iyad Ag Ghali, le chef du groupe de la rébellion touarègue «Ansar Eddine», a été vu à Gao en compagnie de Mokhtar Belmokhtar. Les mêmes sources affirment que les deux hommes avaient la veille, quitté la ville de Tombouctou. La ville de Gao a été investie depuis près de deux semaines par les hommes d’ «Ansar Eddine», épaulé par Aqmi, mais aussi par le groupe « Jamaât Tawhid wal Jihad en Afrique de l’Ouest », qui avait revendiqué le rapt des sept diplomates algériens, dont le consul d’Algérie à Gao, Boualem Sias. Les effets de ce rapt qui a délibérément ciblé l’Algérie sont certainement à la source de cette visite inopinée à Gao de la part de Iyad Ag Ghali et MBM. Aussi, puisque la « Jamaâ » est un groupe qui sous-traite pour Aqmi, il était important pour MBM d’aller « briefer » les chefs du groupe et voir comment procéder à une négociation, directe ou indirecte, pour les libérer, et à quelles conditions. Selon nos sources, Aqmi aurait déjà « rempli » une « feuille de route » pour la libération des diplomates, mais qui passe par la libération de plusieurs terroristes en détention à Alger, en contrepartie des six diplomates, en plus d’une rançon conséquente pour le consul , Boualem Sias. Alger, à l’évidence, ne se pliera pas à cette exigence, et c’est pour cela qu’elle tiend toujours le Mnla pour responsable de leur vie… La « Djamaât at-Tawhid wal Jihad fi gharb Ifriqia », groupe armé qui soustraite pour Aqmi, a revendiqué la prise d’otages – le consul et six de ses collaborateurs-, sans donner plus de précision sur ses exigences ou ses objectifs. La prépondérance des chefs d’Aqmi, comme MBM ou Abou Zeid, écarte toute autonomie à la « Djamaât et- Tawhid », qui cible principalement l’Algérie – rapt de Tindouf, attentat à Tamanrasset et diplomates à Gao- et signifie de manière claire que ce groupe obscur a été créé dans une optique de changements de rôles, d’allègements des missions et de nouvelles prérogatives pour les sous-groupes, options dictées par l’expansion de l’aire d’activité d’Aqmi et par la préparation, qui se profile, à une guerre d’usure qui saignera les moins préparés à blanc. La présence de Hamada Ould Mhamed al-Keiri à la direction de cette «Djamaât», ancien sous-fifre sous les ordres de MBM, confirme qu’il s’agit bel et bien d’une sous-traitance de nos diplomates au profit d’Al Qaida au Maghreb…
Fayçal Oukaci
Le Courrier d’Algérie, 18/04/2012