Abdallah Senoussi, une mystérieuse arrestation.

Celui qui a été arrêté à l’aéroport de Nouakchott vendredi aux environs de minuit en provenance de Casablanca est un militaire féroce, impénétrable à la pitié lorsqu’il s’agit de mater des rebelles.

Pendant longtemps, le CNT butera sur ce rock, armature du dernier cercle des fidèles à Kadhafi. Marié avec la sœur de Safia Farkash, seconde épouse qui donnera 7 enfants au guide, Senoussi était plus qu’un beau frère par alliance de l’auteur du livre vert et, par devers lui, du régime. Il en était l’incarnation immatérielle, l’oreille redoutée, capable d’étouffer un acte de rébellion avant sa conception.

Il a gravi tous les échelons menant au guide libyen dont il était responsable de la sécurité intérieure dans les années 80. Depuis 2002, il est à la tête du service de renseignements militaires, boîte noire qui quadrillait tout le pays de l’aéroport aux hôtels en passant par les hammams et les souks.

Son dernier grand coup de maître à ce niveau sera l’organisation d’un voyage de presse depuis Paris et Londres en pleine offensive du CNT pour témoigner aux yeux du monde entier de la solidité du régime. La France qui l’a condamné à vie en 1999 pour son rôle présumé dans l’attentat du DC 10 d’UTA qui a coûté la vie à 170 passagers n’avait guère évoqué le dossier en public lors de la visite de Kadhafi à Paris.

Depuis la chute de son mentor, Senoussi a vu ce dossier ressortir au milieu d’une longue liste. Il lui est reproché entre autres, le massacre de 1200 prisonniers dans la prison d’Abou Salim, l’organisation d’un complot contre le prince Abdullah d’Arabie Saoudite en 2003. Sermonné par le guide au début de la révolution surprise de Benghazi, il déploiera l’artillerie lourde pour se racheter aux yeux de son maître.

Pilonnée de nuit comme de jour, la ville de l’est résiste. C’est d’ailleurs ce dernier épisode sanglant qui vaut à Senoussi l’intérêt de la Cour Pénale Internationale et le mandat d’arrêt international émis sur sa personne. La Mauritanie tout comme la Libye et l’ensemble des pays arabes à l’exception de la Tunisie post printemps arabe n’a jamais souhaité ratifié le traité de Rome. Aussi, il serait bien curieux qu’elle livre aujourd’hui le colis encombrant à la CPI. Il est peu probable qu’elle livre Senoussi à la France.

Le scénario idéal serait un voyage en première classe en Libye sachant que les membres du CNT ne voudront pas que Senoussi soit envoyé à la grande cour des droits de l’homme où il aura toute latitude à organiser sa défense, avec la possibilité de balancer des dossiers encombrants. N’est-ce pas la même logique du huis clos qui vaut à Seif Al Islam son «internement » en Libye en attente d’un jugement qui n’aura probablement pas lieu sous les caméras du monde entier ?

Donné mort à la fin août 2011 en compagnie d’un des fils Kadhafi (Khamis), Senoussi sera aperçu quelques jours plus tard dans un campement indéterminé. Les radars de l’OTAN suivront tour à tour la piste d’une femme voilée étrangement fardée puis les pas d’un modeste boucher qui se déambulait dans Tripoli comme le barbier de Séville. Point de Senoussi à l’horizon. Le Niger le signale sur son territoire sans donner des preuves formelles.

En novembre 2011, des youyous stridents se faisaient entendre à Tripoli. Les informations relayées par le CNT faisaient état de l’arrestation du soldat honni dans la région de Sabha. Improbable quand on connaît la sympathie dont jouit Senoussi dans le sud libyen. Ce natif du Soudan a, comme Kadhafi, le cœur plutôt ancré dans ce sud où il recrutait les fidèles dédiés aux opérations spéciales. Depuis août 2011, les tribus du grand désert l’ont aidé à s’exfiltrer, passant du Niger au Mali. Son arrivée et son départ du Maroc relèvent du mystère. Tout comme l’est d’ailleurs son arrestation à Nouakchott.

S’il a pu passer les contrôles informatisés de l’aéroport marocain avec un «passeport malien falsifié », il n’a pu échapper à la perspicacité des policiers mauritaniens qui compensent le manque de matériel par une approche personnalisée du contrôle dont ils ont le secret.

Mauritanies1, 18 mars 2012