AQMI offre plus de 100 millions d’euros pour « s’acheter » la rébellion targuie : les risques d’un « deal »

Depuis le début de la sédition au Mali, Al- Qaïda au Maghreb a tenté un rapprochement stratégique -non idéologique avec la rébellion malienne. Pour Aqmi, l’enjeu était clair et important à la fois : si les rebelles arrivent à contrôler le Nord du Mali ce sera loisible dès lors de se mouvoir avec aisance et d’étendre alors les activités subversives vers des pays voisins. Si la présence d’Aqmi aux côtés des rebelles touareg lors de l’attaque d’Aguelhoc et de Tessalit, il y a quelques semaines, est contestée par le Mouvement Azawad, nul ne peut contester la couche salafiste qu’une autre rébellion, dans le même moment, en l’occurence le Mouvement «Ansar Eddine», a mis sur elle-même. Évidemment, la rébellion n’est pas unie, loin s’en faut. On est en face, aujourd’hui, à trois types de colonnes armées qui veulent marcher sur Bamako. Le Mouvement national pour la libération de l’Azawad, «Ansar Eddine», d’Iyad Ag Ghali et un demimillier d’anciens militaires qui formaient la «Colonne africaine» de Kadhafi. Entre ces mouvements séditieux se sont incrustés divers réseaux de contrebandiers de cigarettiers et de trafiquants d’armes. 
Aqmi, dans tous les cas de figure, profite au maximum des brèches et surtout de la fragilité de la sédition. Et la fragilité pour la rébellion targuie est générée, soit par le manque d’armes, soit par le manque de financement. Or, pour l’un, comme pour l’autre de ces deux soucis de la rébellion, Aqmi offre une aide conséquente, «ici et maintenant», avec les contreparties qui s’imposent, évidement. Les tentatives d’Aqmi de gagner la confiance du Mouvement national pour la libération de l’Azawad n’échappent à personne, et Alger met Bamako en garde surtout sur ce plan-là. Dernière «amourett» : Aqmi vient de relâcher un gendarme mauritanien, d’origine azawadie, appartenant effectivement à une tribu azawadie. Même si le Mnla refuse une aide militaire ouverte, pour le moment, des attaques d’Aqmi ont été perpétrées ces dernières semaines ciblant des troupes maliennes et ce, en guise de «soutien». 
Une étude académique française soutient que la totalité des rançons versées à la branche d’Al-Qaïda au Maghreb islamique a été estimée à environ 183 millions d’euros. Selon cette étude, les rançons ont été versées pour la libération de 80 otages occidentaux qui ont été enlevés durant les cinq dernières années. Un chercheur français a révélé des chiffres faisant état que la branche d’Al-Qaïda au Sahara et au Sahel perd environ 600 de ses membres par an -chiffre largement exagéré, du reste-, toutefois, cela n’a pas réduit les capacités de mobilisation de l’organisation terroriste, parce que justement, l’argent des rançons permet de régénérer l’organisation, de s’acheter de nouveaux fiefs, des alliances, des caches, des armes, des hommes de main, des passeurs et de recruter de nouvelles troupes. Aujourd’hui même, Areva et Vinci seraient prêtes, selon des intermédiaires maliens, à débourser près de 50 millions d’euros pour «récupérer» les six ressortissants enlevés au Niger et au Mali, dont quatre ingénieurs d’Areva.
F. O. 
Le Courrier d’Algérie, 13/3/2012