Cyrénaïque et Azawad compliquent la situation

Alors qu’on nous parle de printemps arabe, voilà que ce printemps semble virer à l’automne à l’horizon des terres syriennes. Le monde arabe va-t-il imploser ? La question est désormais posée. Plus près de nous, on nous parle de la réactivation de l’unité maghrébine, or cet ensemble est menacé à son tour de partition sur son flanc Est. La Libye officielle se réveille au fait qu’elle n’a pas d’armée et de police. Comment aurait-il été possible de bâtir un ensemble géopolitique digne de ce nom alors que les parties composant le tout, demandent elles-mêmes à être renforcées voire à être complètement refondues ? 
Un autre ensemble géopolitique, celui formé par ce qu’on appelle les pays du champ (Algérie, Mali, Mauritanie et Niger), est actuellement le théâtre de convulsions qui ont dégénéré en conflit armé entre l’Etat malien et les rebelles autonomistes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). De quelque côté qu’on se tourne, le spectre du fractionnement et de l’effritement guette les Etats. Ajouté aux agissements de l’AQMI qui sévit dans cette région en proie à une famine endémique, cela fait un véritable chaudron de tensions. 
La Syrie est un pays pluriconfessionnel. Sa population est composée de minorités chrétiennes et musulmanes (entre 30 et 40%) Les musulmans comprennent les chiites, les alaouites, les druzes et les ismaéliens. Qu’arrivera-t-il si Bachar Al-Assad dont le pouvoir est assis sur le Baas (parti socialiste arabe), lui-même soutenu par la minorité alaouite dont est issu le chef de l’Etat syrien, venait à tomber sous les coups de boutoir des rebelles ? C’est le pays qui risque de se disloquer sous l’œil désarçonné des grandes puissances qui ne sont pas arrivées à s’entendre sur la voie à suivre pour arrêter l’escalade de la violence, chacune étant soucieuse de préserver ses intérêts respectifs. 
En Libye, c’est de fédéralisme dont on parle. Le 6 mars dernier, les tribus de l’Est barricadées derrière leurs milices, ont proclamé à Benghazi lors d’un «congrès du peuple de Cyrénaïque» (CPC) l’autonomie de leur région. Cette décision unilatérale a ébranlé la légitimité du pouvoir d’Abdeldjalil, chef du CNT. 
Les rumeurs de la partition de la Libye ont du reste circulé dès les premiers combats qui avaient mis aux prises les insurgés et les forces loyales de Khadafi. Si le CNT s’oppose à la solution fédérale et à l’autonomie de l’Est, il s’est montré par contre incapable de désarmer les milices. Le nouveau gouvernement de Tripoli redoute du reste de voir les autres régions du pays suivre l’exemple de Benghazi. Les tribus du Fezzan, au Sud et les tribus berbères de l’Ouest, pourraient à ses yeux, être tentées par l’autonomie. La Cyrénaïque d’après les observateurs abrite 4/5 des ressources pétrolières et gazières du pays. Voilà qui présage rien de bon…
Par : LARBI GRAÏNE
Le Midi Libre, 12/3/2012