Tamanrasset : La magie du désert

Par Leïla Boukli
L’Algérie est un pays à l’histoire ancienne. Ici et là, la pierre atteste et semble vouloir nous dire « j’ai vécu ». Silencieuse mais bavarde, elle consigne sur ses flancs le rappel des heures de gloire ou de tumulte et nous donne à lire des parcelles significatives de son passé. Il est des lieux où, beaucoup plus qu’ailleurs, dans la quête confuse de nos propres certitudes, nous sommes enfin nous-mêmes. Dans ce silence, le chant des cours d’eau, le vent, la pluie, les oiseaux sont nos complices salutaires, mais aussi les confidences des gens, du ciel et de la terre. C’est dans ce ciel d’Algérie que les jours puisent leur vie à l’aurore. Le ciel est ici souverain. Il est lumière après la nuit. Il faut savoir se taire pour écouter le chant de l’espace.
Saïd Meziane, installé il y a une année à la tête de la wilaya de Tamanrasset – quelque 557.906,25 km2 pour une population de 205.220 habitants, concentrée à hauteur de 64% dans la capitale du Hoggar et à In Salah et pour 42% au niveau du chef-lieu de wilaya –nous fait remarquer que ce territoire rapporté à sa population friserait géographiquement la démesure. Ce n’est pas la seule superficie, ajoute-t-il, qui donne à la région un sentiment d’immensité. Humainement aussi et culturellement, cette wilaya est immense. Les variations et la variété du climat, celles du relief, ou encore celle des styles de vie, que les siècles ont patiemment façonnés, en font un vaste espace de contrastes ; que tout Algérien gagnerait à connaître.
Le pari actuel de Saïd Méziane est de lancer et de rendre pérenne le tourisme national dans la région en soutenant matériellement, dans un premier temps, les dix agences locales spécialisées dans le tourisme saharien auxquelles a été confiée la gestion effective, pour le lancement, le 1er décembre, de deux camps de toiles dotés de toutes les commodités. Pour rendre les vacances dans l’extrême sud accessibles aux petites bourses, le wali compte sur l’aide de la compagnie Air Algérie, par la formule charters à partir des grandes villes du pays. Une commission, composée de professionnels du tourisme extrême sud et de différents intervenants, tels que sécurité, transport, Sonelgaz entre autres, travaille d’arrache-pied à la concrétisation de l’émergence d’un tourisme interne et pense lancer dans un avenir proche des villages entiers bâtis à la manière targuie, où seront conciliés, tourisme et environnement, une alternative intelligente au tourisme conventionnel, où l’authenticité ne fera pas défaut.
La wilaya de Tamanrasset sur plusieurs fronts
Discret et efficace, le wali de Tamanrasset, Saïd Méziane, conscient de la complexité des problèmes auxquels fait face la capitale du Hoggar, s’est particulièrement appliqué à l’élaboration d’un diagnostic objectif avec le concours de l’ensemble des partenaires et intervenants à tous les niveaux et s’attelle à mener à terme tous les projets inscrits dans les différents programmes:
1999-2010 d’un montant de 131,480 milliards de dinars;
programme d’équipement public en cours de réalisation au 31 décembre 2010 d’un montant global de 56.106.986.000,00 DA.
nombre d’opérations: 877;
équipement public inscrit pour 2011. Montant global 11.847.886.000,00 DA. Nombre d’opérations : 176
programme complémentaire accordé par le président de la République lors de visite à la wilaya : près de 17 milliards de dinars.
Principaux objectifs à atteindre
L’occupation territoriale équitable en renforçant les armatures urbaine et rurales, en désenclavant, en valorisant les vocations de la wilaya telles que le tourisme, l’agriculture et l’activité minière sont quelques objectifs à concrétiser par une démarche collective et partagée. Plusieurs études sont en cours. Elles aboutiront à des propositions de scénarios divers pour un développement intégré, cohérent et durable avec la détermination des actions à inscrire à travers les différents programmes d’investissements de l’Etat et les axes d’investissements privés à valoriser et à prioriser.
Conscient du statut de ville touristique de la capitale du Hoggar, Saïd Meziane a commencé par une politique d’embellissement de la cité. Les façades récupèrent, peu à peu, leur couleur ocre argile initiale, les rues un peu plus d’espaces verts, le tifinagh réhabilité sur les signalisations des zones touristiques, les enseignes repensées et refaites. Il compte aussi profiter de la « Fête de l’eau » en avril pour faire jaillir fontaines et jets d’eau dans les quartiers. Ces derniers en s’insérant dans leur environnement vont retrouver leurs âmes, cachet si particulier de ces villes du sud où il fait si bon vivre.
Dynamique de développement sans précédent
Il ne fait pas de doute pour de nombreux habitants de Tamanrasset qu’au-delà du confort de l’eau dans les robinets, la concrétisation du mégaprojet de transfert de ce précieux liquide depuis In Salah ouvre de nouvelles perspectives dans la région du Hoggar Travailleurs, cadres, agriculteurs, commerçants ou universitaires, tous se disent convaincus que cette wilaya du Grand Sud qui occupe 24% de la superficie du pays, tirera bien d’autres profits de cette opération gigantesque opérée sur une distance de 750 km. Le wali de Tamanrasset, Saïd Meziane, a estimé qu’avec l’arrivée de l’eau et du gaz butane, une «dynamique de développement sans précédent, dans tous les secteurs d’activité, sera impulsée».
Pour sa fonctionnalité, le projet a nécessité la construction de 24 forages de 600 ml de profondeur chacun pour que l’eau soit pompée à partir de 6 stations équipées chacune de 3 groupes motopompes dont un groupe de secours. Elle coule à travers 1258km de conduites pour atteindre les robinets de la ville de Tam à partir de deux réservoirs d’arrivée de 50 000 m³. Les concepteurs du projet ont aussi pensé aux moyens de stockage des eaux pour assurer l’autonomie de Tamanrasset en eau comme c’est le cas des autres wilayas.
Des moyens ont été prévus pour transporter 100 000 m³ d’eau jusqu’à 2050, année où la population, aujourd’hui de près de 100.000 âmes, atteindra 400 000 habitants. Il est prévu la réalisation d’une station de déminéralisation d’une capacité nominale de 100 000 m³/jour.
A titre indicatif 468 km linéaires de réseaux d’AEP et 306 km linéaires de réseaux d’assainissement ont été réalisés. 
En matière de travaux publics, les actions concrétisées ont abouti au désenclavement de plusieurs localités et ce par la réhabilitation de 1844 km de routes dont 282 km de chemins communaux. Au titre des réalisations neuves:
routes nationales: 404km;
chemins de wilayas: 84km;
chemins communaux: 41,5km, 1.433,6km de routes nationales et 42km de chemins de wilayas ont été réhabilités et modernisés.
Pour l’habitat: 9.144 logements, tous segments confondus, ont été réalisé (2.724 logements sociaux locatifs ; 192 logements sociaux participatifs et 6.228 logements ruraux).
Les réalisations concrétisées au titre du secteur de l’énergie et mines ont permis une amélioration des taux de raccordement en électrification et en gaz naturel, passés durant la période 1999-2010 de 68% à 98%. Ainsi, il a été enregistré le raccordement de 4.000 foyers au gaz naturel et 9.200 foyers à l’électricité.
L’Education n’est pas en reste. L’effort consenti par les pouvoirs publics a permis l’amélioration du taux de scolarisation, passé de 79% à 91,28% avec un taux de d’occupation des classes de 29,11 à 28 élèves par classe. A titre d’illustration, citons la réalisation de 20 écoles primaires, 15 CEM, 6 lycées, 59 cantines et 7 internats. L’Enseignement supérieur n’est pas oublié puisque les infrastructures réalisées ont permis de répondre aux besoins exprimés aussi bien en places pédagogiques (2.000) qu’en places d’hébergement (1.000). De plus, et pour ce secteur 1 auditorium, 1 bibliothèque centrale et 1 restaurant ont été conçus.
Le ratio structure santé /habitant a sensiblement évolué. D’une polyclinique pour 54.748 en 1999, il passe à une polyclinique pour 8.551 habitants en 2010, soit 5 polycliniques et 1 centre de santé achevés.
On compte pour le secteur de la jeunesse et des sports 8 complexes sportifs de proximités, 2 auberges de jeunes, 1 camp, 5 piscines de loisir et une piscine semi-olympique. La superficie agricole utile est passée de 5.276 ha en 1999 à 11.362 ha en 2010 dont 10.137 ha de SAU irriguée. Des efforts ont également été consentis dans les secteurs des infrastructures administratives; formation professionnelle et locaux à usage professionnel. Ce programme a permis la création de 347 emplois permanents et 203 temporaires, soit plus de 550 emplois.
Quant au programme complémentaire 2011, il sera consacré à la poursuite du développement sectoriel et communal pour la consolidation de la croissance économique 2010-2014. 176 opérations sont à l’étude ou en cours de réalisation. Elles touchent l’ensemble des communes dans des secteurs aussi variés que vitaux pour le bien-être des populations de l’extrême sud ; tels que l’agriculture, l’hydraulique, les transports, poste et télécommunications, routes, aérodromes, éducation et formation ou encore habitat, santé, jeunesse, culture, culte.
Relance du secteur du tourisme
Pour l’heure, la relance du secteur du tourisme est une priorité pour les opérateurs en concertation avec l’administration pour la préparation de la saison touristique 2011-2012. Un comité institué par arrêté du wali a été chargé de définir les objectifs globaux et de proposer un programme d’actions diversifié qui s’étalera sur toute la saison touristique. Plusieurs grands évènements ont été d’ores et déjà proposés dont un éductour. Il vise à communiquer aux partenaires étrangers une image forte et motivée de la volonté politique nationale de valoriser la destination Algérie.
Seront également organisés des festivals de grande envergure, à l’image du festival international Abalessa-Tin Hinan, des Arts de l’Ahaggar, du festival international de l’Imzad, Sahelo-Saharien, ou des fêtes traditionnelles faisant la promotion de la culture ancestrale (Tafsit, Assihar et Amni). Sera aussi créée une dynamique touristique et culturelle pour la promotion du tourisme national en organisant des semaines, des caravanes, des quinzaines culturelles et touristiques avec différentes wilayas du pays. La jeunesse algérienne sera regroupée dans des camps de toile avec toutes les commodités. 
Cinquantenaire de l’indépendance: cachet particulier
2012 étant l’année du cinquantenaire de l’indépendance, des suggestions et programmes, alléchant attendent l’aval des autorités pour être lancés tout au long de cette année cinquantenaire. Citons-en ici quelques uns.
le 5 juillet 2012, honorer les naissances du 5 juillet 1962 sur le territoire de la wilaya;
établir une biographie recouvrant les cinquantes années de développement de la wilaya;
organiser une rencontre colloque-séminaire à Tamanrasset pour honorer tous les responsables ayant travaillé à son développement durant les cinquante dernières années;
organiser cinq raids, – chacun symbolisant dix années de développement – du «4×4 d’or des amis de l’Algérie». Le parcours de ces raids est par nature anti-rallye, assure l’entreprise Eurl Hiri Abdelkader, propriétaire et créatrice en 1992 de l’idée en collaboration avec l’association Sahara Spirulina pour la promotion et le développement de la spiruline algérienne dans le monde. C’est ainsi que les participants auront tout le loisir de profiter pleinement de leur circuit en découvrant des paysages insolites, d’échanger des contacts, tout en utilisant les possibilités et performances du 4×4 à travers tout le terrain, chaque étape étant de pas plus de 200 km/jour. Ce ne sont pas moins de 4.000 et 5.000 km à parcourir. Le trajet Alger-Tamanrasset en raid et Tamanrasset-Alger en roue libre durera entre 15 à 20 jours.
Découverte scientifique a pour thème l’eau en faisant de cette année «l’année fontaines publiques», une fontaine dans chaque quartier.
La dimension historique de l’évènement n’est pas omise, puisque les organisateurs proposent un raid ayant pour point d’arrivée Kidal et Gao au Mali, en reconnaissance à l’aide apportée par nos frères maliens durant notre lutte de libération nationale. 
De quoi rendre la région attrayante pour les locaux et les visiteurs nationaux et étrangers, de ce Sahara lieu de civilisations successives inscrivant leur permanence dans les marques qu’elles ont laissées dans la paroi rocheuse à l’intérieur des abris tout comme dans la roche à l’air riche, directement tombée d’un paysage lunaire. Pages d’une bibliothèque comptant des milliers de documents. Pages qui émeuvent car elles ont pris le temps en otage, en faisant de lui ce passeur impassible qui les aura convoyées jusqu’à nous, leur conférant quelques secondes de son éternité.
ElDjazaïr.com, novembre 2011