AFP Bamako-ANI, deux faces d’une même monnaie?

Si la branche de Ben Laden avait pour plateforme de propagande la chaîne satellitaire Al Jazeera, AQMI  semble avoir « choisi » l’agence de presse officielle française pour se faire écouter. Et depuis l’enlèvement, en octobre 2011, de trois ressortissants européens dans un camp de réfugiés sahraouis, l’AFP a profité de l’énlèvement pour pointer son artillerie sur les sahraouis. Qui peut en être le commanditeur ? Il ne faut pas être un génie pour savoir que le Maroc et la France se trouvent, depuis des années, derrière une large campagne de diffamation contre le Front Polisario.
Le 4 octobre 2011, un responsable  du Front Polisario annonça que les ôtages se trouvent au Mali. Le lendemain, le bureau de l’AFP à Bamako semble avoir fait un ratissage général de cet immense pays, pour accoucher la dépêche suivante :

« Il n’y a aucune traceé » au Mali des coopérants espagnols et italiens enlevés dans l’ouest de l’Algérie, a déclaré lundi à l’AFP un ministre malien, démentant l’affirmation du Front Polisario selon laquelle ils avaient été emmenés dans ce pays par leurs ravisseurs ». « A ce jour, il n’y aucune trace des otages européens dans le nord du Mali », a déclaré à l’AFP un ministre malien sous couvert de l’anonymat. « L’enlèvement des otages européens s’est opéré sur un territoire dont le Polisario dit avoir le contrôle. C’est donc sous (sa) responsabilité que les évènements se sont déroulés », a t il ajouté.

Quelques jours plus tard, un communiqué du ministère des Affaires Etrangères malien annonça l’octroi au Front Polisario du droit de persécution des terroristes à l’intérieur du territoire malien pour démentir la fausse nouvelle propagée par l’AFP sur une prétendue déterioration des relations entre le Mali et la RASD suite à l’élimination du commanditaire du rapt des coopérants étrangers sur territoire malien.
Le gouvernement sahraoui avait condamné à l’époque la campagne de désinformation menée par l’agence de l’Hexagone dans le but de porter atteinte à l’image des sahraouis, une image forgée par des longues années de lutte pour leurs droits légitimes.
Les agissements d’une autre agence de presse, mauritanienne cette fois-ci semblent passer inaperçus par les autorités sahraouies. Une agence qui, il y a un an, remplissait son ancien site de reportages et d’interviews sur la lutte du peuple sahraoui. Apparemment, le nouveau site de l’agence a amené une nouvelle « tendance » consistant à jouer le jeu de l’AFP pour changer.
L’Agence Nouakchott d’Information est selon le site Terrorisme Watch « connue par ses bons contacts parmi les islamistes violents au Sahara ». Le nouveau né est devenu le principal portail de la mouvance AQMI. Le 9 novembre 2011, soit un peu plus de deux semaines avant l’agression contre les coopérants à Rabouni, Mokhtar Belmokhtar, alias Bellaouar, le chef d’AQMI récompensera l’ANI avec une interview exclusive.
Le 05 décembre 2011, l’ANI informe que la police antiterroriste mauritanienne a arrêté à Nouadhibou, deux sahraouis soupçonnés d’être en relation avec l’enlèvement, en octobre dernier, d’otages occidentaux dans les camps du Polisraio prés de Tindouf. Trois jous plus tard, le 8 décembre, l’agence de Nouakchott annonce qu’Al-Qaïda au Maghreb islamique a dementi toute responsabilité dans l’enlèvement de deux Espagnols et une Italienne survenu le 23 octobre dernier dans le camp sahraoui de Rabouni, prés de Tindouf ». Faites la relation entre les deux dépêches et vous obtiendrez que les ôtages se trouvent chez les sahraouis.
Quelques jours plus tard, le relais de Bamako, l’AFP, indique que l’attaque de Rabouni a été revendiquée par un autre nouveau né appelé MUJAO, apparemment dirigé par un mauritanien.
Les messages qu’AQMI souhaite communiquer au gouvernement mauritanien seront véhiculés par l’ANI. Ainsi, le 13 janvier, la nébuleuse terroriste 2012 se dit « prête à libérer le gendarme mauritanien, à condition que les autorités mauritaniennes remettent en liberté deux de ses membres prisonniers en Mauritanie » dans un « communiqué dont copie est parvenue à ANI ».
L’attentat de Tamanrasset a été une nouvelle occasion pour ANI de tirer sur les sahraouis. Avant que les services de sécurité algériens ne puissent obtenir les résultats des analyses ADN, l’agence de Nouakchott annonce que l’attaque a été perpétrée par deux kamikazes, dont un sahraoui. Cela malgré que les autorités algériennes avaient indiqué dans un premier lieu que l’auteur n’était qu’un seul individu. En effet, deux jours plus tard, l’enquête algérienne conclura la participation de deux kamikazes dans l’attentat de Tamanrasset. L’information diffusée par ANI avec une rapidité étonnante se trouve à côté d’autres informations qui font la promotion du Maroc : »Le Maroc envoie une aide humanitaire et médicale urgente au Congo ». Et sur l’aide de l’Algérie au Congo, au Mali, Bourkina Fasso, Mauritanie ? Pas un mot. C’est un point commun à toutes les pages web mauritaniennes au parfum du Makhzen. Il faut reconnaître que le correspondant de la MAP a fait du bon travail avant d’être expulsé de Nouakchott.