« L’enfer discret des Sahraouis » – Témoignage de Ghalia Djimi

Ghalia Djimi Et Aminatou Haidar
Gilles Perrault parlait en 1990 de «l’enfer discret des Sahraouis» dans les bagnes du Maroc. Ghalia Jimmi, une des figures du militantisme sahraoui, faisait partie des centaines de sahraouis «disparus» alors.
L’écrivain Gilles Perrault avait dévoilé l’horreur des bagnes marocains dans son livre «Notre ami, le roi» et avait causé en novembre 1990 une crise diplomatique entre Rabat et Paris. Grâce à lui, «l’enfer discret des Sahraouis» (titre de son chapitre 20) avait été révélé aux yeux du monde.
Quelques mois plus tard, dans le contexte de la signature du cessez-le-feu signé par le Maroc et le Front Polisario, 324 Sahraouis allaient être libérés. Ces Sahraouis avaient «disparu», certains depuis 1975 et l’annexion du Sahara occidental par le Maroc, d’autres depuis 1987. Comme Aminatou Haidar ou sa camarade Ghalia Jimmi, vice-présidente de l’Association Sahraouie des Victimes des Violations Graves des Droits Humains Commises par l’Etat Marocain (ASVDH), créée en 2005 et non reconnue par l’Etat marocain.
Le lieu de détention de ces deux militantes politiques se trouvait à Laayoune (principale ville du Sahara occidental), près du cinéma. C’est-à-dire là où vivent leurs familles respectives, laissées sans nouvelles, sans information. Disparues corps et âmes. Les yeux bandés pendant 3 ans et 7 mois et jusque 4 jours avant leur libération.
Notre rencontre a eu lieu dans une autre maison que celle de Ghalia Jimmi. Immédiatement, elle enlève la batterie de son portable pour ne pas être repérée par les autorités marocaines.
Son témoignage :
«Ma mère s’appelait Djimmy Fatimetou Ment Ahmed Salem Abbaad et a « disparu » le 4 avril 1984. Elle avait alors 57 ans. Nous vivions alors à Agadir. J’ai quitté le sud du Maroc et suis venue ici, au Sahara occidental, pour contacter d’autres familles de disparus et voir ce qu’on pouvait faire. J’ai été très choquée de les entendre me dire : non, mieux vaut rien faire, mieux vaut un disparu dans la famille que la famille entière!
«Les autorités marocaines pensaient que ma mère pilotait une cellule du Front Polisario alors qu’elle apportait juste un soutien aux personnes. Elle a été transportée jusqu’au siège des forces auxiliaires à Laayoune, comme cela a été indiqué dans le rapport de décembre 2010 du Conseil consultatif des droits de l’homme du Maroc, où elle serait morte. Les autorités marocaines avaient toujours dit jusque là qu’elle était partie rejoindre sa famille en Mauritanie en 1985 ! Pourquoi ma mère a disparu alors qu’elle n’avait pas 60 ans ? Où est son cadavre ? Quelle menace représentait-elle pour le pouvoir ?
Quand j’ai vu les images d’Abou Graib en Irak…