Le Maghreb selon Hillary Clinton

Hillary Clinton a effectué au Maghreb une tournée diplomatique de trois jours. Au menue de ce voyage stratégique la Tunisie, l’Algérie et enfin le Maroc.
Madame Clinton a réaffirmé la nécessité pour la Tunisie de devenir le « modèle du type de démocratie » que Washington souhaite voir émerger. Elle a promis une aide à la reconstruction de l’économie et au renforcement de la démocratie. Elle a également participé à une conférence sur la Syrie qui réunissait une soixantaine de pays. Encouragement donc à un pays qu’elle juge être devenu « l’épicentre » des révoltes du monde arabe. La Tunisie s’est ainsi vu ériger en pays meneur du monde arabe, surtout en ce qui concerne le dossier syrien.
A Rabat, autre étape de son circuit diplomatique, madame Clinton ne s’est pas contenté, comme en Tunisie, de simples encouragements mais a adressé un véritable satisfecit au Royaume chérifien. Ainsi a-t-elle déclaré que le Maroc avait fait « d’importants progrès sur la voie de la démocratie ». La secrétaire d’Etat a également estimé que la nouvelle Constitution adoptée en juillet et les législatives qui ont suivi en novembre donnant pour la première fois la victoire aux islamistes modérés constituaient d’ »importants progrès sur la voie de la démocratie ». La secrétaire d’Etat devait également s’entretenir avec des membres de la société civile marocaine, mais cette rencontre a été annulée pour des raisons encore inconnues. Hillary Clinton s’est également rangée à la position marocaine sur le Sahara Occidentale, qualifiant l’initiative d’autonomie du Sahara Occidental présentée par le Maroc de “sérieuse, réaliste et crédible ».
Encouragements à la Tunisie, satisfecit au Maroc…quid de l’Algérie ? Un « peut mieux faire » ressort des déclarations de Madame Clinton. Une partie de la presse algérienne y a d’ailleurs vu un véritable « rappel à l’ordre » à la limite du « diplomatiquement correct ». La secrétaire d’Etat a ainsi donné une véritable leçon de bonne gouvernance à Alger. Elle a estimé que la société algérienne devait s’appuyer sur 3 piliers : un Etat responsable et qui rend des comptes à la population ; une façon subtile sans doute de rappeler à Alger que les élections législatives du 10 mai feront l’objet de toute l’attention américaine. Le second pilier, toujours selon Hillary Clinton, est le secteur économique privé et doit être ouvert sur le monde. Les Etats unis soulignent ainsi leur volonté de voir s’accélérer l’ouverture et la privatisation de l’économie algérienne. Enfin Hillary Clinton a misé sur la société civile algérienne en recevant à Alger de jeunes lycéens et des ONG. Façon subtile de rappeler que si jusqu’à présent l’Algérie a été épargnée par les révolutions arabes, une contagion par la société civile est toujours possible…
Interrogée sur le «financement de partis islamistes par les Etats-Unis», la chef de la diplomatie a rejeté cette information tout en affirmant que son pays « se propose de travailler avec les partis pour échanger des idées et donner un soutien en ce qui concerne l’organisation d’élections pour pouvoir assurer un scrutin libre ».
Cependant, malgré ces déclarations toute en demi-teinte et avertissements, l’Algérie sait qu’elle est une pièce centrale dans la stratégie sécuritaire des Etats unis dans la région. Le retrait des forces américaines de l’Afghanistan, devrait ainsi permettre à terme aux États-Unis de se concentrer davantage sur la région du Sahel où se déploie l’AQMI, Al Qaida Maghreb Islamique. Fortes de cette certitude, les autorités algériennes ont vu dans les déclarations de Hillary Clinton la volonté de les associer plus étroitement à la lutte contre le terrorisme.
Ce voyage diplomatique a ainsi mêlé habilement conseils pressants et amicaux, plaidoyer pour un Maghreb des peuples, célébration de » la créativité des peuples maghrébins ». Plus largement, la visite de Hillary Clinton au Maghreb illustre bien le rôle géopolitique de premier plan de cette région. Pour les Etats unis, le Maghreb fait figure de contrepoids à un monde arabe perçu comme instable. Dans cette perspective, Hillary Clinton a encouragé la coopération bilatérale dans les domaines économique et sécuritaire entre l’Algérie et le Maroc et plus largement la création d’un espace maghrébin intégré. Faut-il voir dans la récente relance de l’UMA la volonté de répondre à ce désir américain ?
Alqarra.tv, 28/2/2012

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