Pourquoi je ne pourrai pas parler à l’Ecole de Gouvernance de Rabat

Por: Ignacio Cembrero | 17 de febrero de 2012

Depuis maintenant sept ou huit ans j’ai été invité régulièrement à donner des conférences ou à participer à des débats au Maroc par des associations marocaines, espagnoles, des écoles de commerce et même Medi 1 Sat. Depuis bien plus longtemps j’ai écrit ou répondu à des questions pour la presse écrite et audiovisuelle marocaine.

J’apprécie, je l’avoue, de parler devant des jeunes marocains, prendre leurs questions et parfois boire un café ou partager la croute avec eux après ma prestation. Je ne sais pas si je leur apprends quelque chose, mais moi j’apprends beaucoup d’eux. Je rencontre une jeunesse bien plus motivée et inquiète que celle de beaucoup de pays européens. J’ai souvent pensé qu’elle méritait bien mieux que ce Maroc que les adultes, le makhzen, la vielle classe politique, avaient construit pour elle. Je m’apprêtais donc à renouveler cet exercice le 29 février à l’Ecole de Gouvernance et d’Économie (EGE) de Rabat pour parler des relations entre le Maroc et l’Espagne, un sujet sur lequel j’ai écrit un livre (Vecinos alejados / Voisins éloignés), publié en 2006, avec l’aide précieuse, entre autres, des collaborateurs du Roi Mohamed VI. C’est un de mes sujets favoris qui me permet de critiquer tout le monde, à commencer par les autorités espagnoles et marocaines, pour les erreurs commises, pour l’état lamentable des frontières de Ceuta et Melilla dont la traversée est un calvaire pour les milliers de femmes qui transportent la contrebande. Savez- vous qu’il y a parfois des blessés, plus rarement des morts ? ¡Quelle honte !

La conférence n’était pas rémunérée, mais l’EGE prenait à sa charge mon voyage et mon séjour. Les réservations des vols étaient déjà faites ainsi que la biographie de présentation du conférencier.

J’ai reçu, mercredi après-midi, un courrier qui a gâché ma joie. L’un des directeurs de l’EGE m’expliquait que l’Ecole avait fait des efforts pour éviter « cela » mais qu’elle n’y était pas arrivée. C’est quoi « cela » ? Il ne l’expliquait pas. Il déplorait la situation. Il me présentait ses excuses. J’ai compris qu’il y avait un veto à ma présence au sein de l’EGE.

Je suis journaliste, j’ai quelques bons amis bien placés au Maroc, je connais des personnes qui collaborent avec l’EGE dans l’élaboration de sa programmation. J’ai donc posé des questions. D’abord on m’a indiqué que les pressions étaient venues « d’en haut » sans plus. J’ai voulu en savoir davantage, je suis têtu, j’ai insisté. On a fini par me préciser que les pressions étaient venues « des services ».

Je suis un vieux routier du journalisme qui peut comprendre beaucoup de choses. En faisant un effort, un grand effort, je peux comprendre que les bailleurs de fonds de l’EGE, des entreprises publiques, puissent être gênées de me voir dans leur école. Mais je ne peux pas comprendre, alors là pas du tout, que ce soient « les services » qui imposent une telle décision. Depuis novembre 2011 je n’arrête pas d’écrire que ça y est, que le Maroc change pour de bon. Dois-je penser que je me trompe ?