Un sommet des chefs d’Etat, 18 ans après : La nouvelle feuille de route de l’UMA

par Salem Ferdi
La 30ème session des ministres des Affaires étrangères des pays de l’Union du Maghreb arabe (UMA), qui s’est tenue samedi à Rabat, entrera-t-elle dans l’histoire comme le début officiel du dégel ou, pour reprendre le ministre tunisien des Affaires étrangères, un « tournant crucial » ? A vérifier avant la fin 2012.
On pourra, en effet, le vérifier avant la fin de l’année avec la tenue ou non d’un sommet des chefs d’Etat de l’UMA dont le principe a été retenu par les ministres des Affaires étrangères et qui devrait avoir lieu en Tunisie, ainsi que le souhaitait Moncef Marzouki. Le dernier sommet des chefs d’Etat du Maghreb remonte à 1994 à Tunis et il est évident que sa tenue avant la fin de l’année 2012 aurait une portée politique significative. La Tunisie -très active dans ce domaine contrairement à la diplomatie de l’ancien régime qui faisait dans une très prudente équidistance entre Alger et Rabat- sera ainsi l’hôte du prochain Conseil des ministres. Il lui reviendra, de ce fait, de mener les concertations entre les cinq pays de l’UMA pour fixer la date du sommet. Elle devra tenir compte des agendas politiques de certains pays maghrébins où des élections sont prévues. Mais en tout état de cause, un sommet devrait avoir lieu dans l’année 2012 si les responsables veulent donner plus de contenu à l’impression positive laissée par la réunion de Rabat. A priori, à moins d’une nouvelle régression, les choses paraissent avoir pris la bonne direction. 
QUAND TOUT VA ENTRE ALGER ET RABAT, L’UMA VA 
En raison notamment de l’apparent -et encore prudent- réchauffement des relations entre l’Algérie et le Maroc. Et il est clair que quand les choses vont entre Alger et Rabat, l’UMA n’en va que mieux. On n’en est encore loin. Mais l’Algérie et le Maroc paraissent avoir donné, de concert, une chance à l’idée pragmatique d’avancer sans faire de la question du Sahara Occidental une question «centrale», l’éternel sujet qui empêche de discuter et de progresser. Outre la mise en place d’une concertation politique régulière, on peut noter une avancée dans le domaine de la coopération sécuritaire qui, de toute façon, sera primordiale dans la perspective d’une réouverture des frontières. Ainsi, le Maroc, qui critique régulièrement le refus de l’Algérie de le voir faire partie des concertations et dispositifs sécuritaires au Sahel, est désormais convié à une concertation maghrébine sur ce thème… 
CONCERTATION SECURITAIRE 
A l’initiative même de l’Algérie qui a préconisé et fait avaliser la tenue d’une réunion ministérielle à Alger consacrée au volet sécuritaire dans la région. Il est clair qu’il existe une nécessité de coopérer dans le domaine de la sécurité. C’est devenu encore plus pressant avec l’évolution de la situation en Libye et les «transferts» d’armes vers les groupes armés en tout genre dans le sillage de la destruction du régime de Kadhafi. Or, les questions sécuritaires dans le Maghreb ne sont pas séparables de l’environnement sahélien où une partie des djihadistes se sont installés et incrustés, sans compter la résurgence des rebellions targuies. Les conditions sont favorables «à une coopération multisectorielle incluant les questions sécuritaires qui seront discutées avec sérieux et de manière permanente», a indiqué M. Mourad Medelci. Le ministre algérien a ainsi appelé à la mise en place «d’instruments pour coordonner les efforts afin de lutter contre le terrorisme, le crime organisé, le trafic d’armes, la contrebande et l’émigration clandestine». Dans le domaine économique, M. Medelci a préconisé une «approche pragmatique évolutive» allant dans le sens d’une nouvelle étape dans l’action maghrébine commune. Il restera à donner un contenu à cette «approche». Rabat a été l’occasion d’une réaffirmation des professions de foi dans le projet maghrébin. Il reste à aller vers le concret. Le secrétaire général de l’UMA, Habib Ben Yahia, en a donné une feuille de route sur le court terme: la ratification de l’accord de libre-échange, résolution de la question des règles d’origine des produits, tenue de l’assemblée constitutive de la Banque maghrébine d’investissement et du commerce extérieur (en gestation depuis 1992 !) et mise en œuvre d’une stratégie maghrébine pour la prise en charge des problèmes des jeunes en matière d’emploi et de formation.