Azawad : Les accords d’Alger restés lettre morte ?

Le conflit targui aux confins du Sahara tourne à la guerre. Alger, qui logiquement appuie des unités opérationnelles de Bamako près des frontières, est prise entre deux feux : d’un côté, elle est tenue, depuis plusieurs mois, d’appuyer le Mali dans sa guerre contre al-Qaïda, et d’un autre côté, elle ne veut pas apparaître aux yeux de la rébellion comme un pays qui soutient aveuglément Bamako, alors que les revendications du Mouvement de l’Azawad « peuvent être discutées et aplanies ». En opérant une horrible série d’exécutions sommaires, mi-janvier, dans la ville d’Aguelhok, le Mouvement rebelle a mis fin à l’intercession d’Alger. Les victimes ont «été égorgées et les autres tuées d’une balle dans la tête», soutient Bamako. 
 
Les 85 morts, tous des militaires ou des gendarmes, ont été abattus alors qu’ils avaient les mains liées dans le dos. Un massacre qui inquiète la France. La rébellion a pris des virages dangereux dans sa guerre contre Bamako et est en train de se mettre délibérément « hors-laloi ». La prise d’Aguelhok avait en fait signifié la reprise de la lutte armée par les Touareg. Depuis cette date, les troupes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) ont attaqué six autres villes du Nord- Est, comme Ménaka et Tessalit, mais aussi du Nord- Ouest, à Léré notamment, montrant ainsi leur mobilité et leur puissance. Le weekend dernier, plusieurs accrochages ont été signalés près de Kidal, la capitale du nord du Mali. Selon certaines sources, une prise temporaire de cette ville par le MNLA est désormais «possible», ce qui serait un très «mauvais signe». 
 
La tâche d’Alger reste toujours en cours, mais est confrontée à une logique de guerre qui s’est insidieusement installée. D’un côté, les autorités de Bamako, tout en se disant officiellement prêtes à un arrêt des hostilités, sont très en retard sur les promesses faites à Alger en 2006 pour aplanir les divergences avec la rébellion. Bamako est aussi aujourd’hui très affaiblie? Le Président malien quittera le pouvoir avant le début de l’été. De l’autre, les Touareg ne sont pas unis. Seul le MNLA reste inflexible et choisit la guerre, alors que deux autres groupes luttent au nom du peuple du Désert. Seul point commun: leur méfiance à l’endroit des négociations. «Les promesses faites lors des accords d’Alger qui, en 2006, avaient mis un terme à une précédente rébellion, sont restées lettre morte», affirment-ils.

F. O.

Le Courrier d’Algérie, 15/22012