La ligue arabe et la Syrie : 21 – 1 = 0

Par A.Samil

Arithmétiquement, ça tombe sous le sens : pas besoin d’avoir la bosse des Maths pour s’apercevoir que 21 moins 1 ne peut pas être égal à 0. Mais politiquement, il est des situations où le résultat de cette soustraction s’est vérifié. Mais rendons d’abord à César ce qui appartient à César, l’incongruité –ou «noukta»- est du président égyptien Anouar Sadat. Son pays exclu de la ligue arabe en 1979 pour cause de «paix séparée» avec Israël, il ne trouva pas mieux pour signifier sa vacuité à l’inutile organisation dite panarabe, que ce pied-de-nez arithmétique. Trois décennies plus tard, rien n’a changé dans l’auguste assemblée. sinon deux petites modifications, l’une sémantico- patronymique et l’autre numérique. 

 
Comme pour laver l’affront de 1979 qui les vit se replier pour un temps sur leur ascendance pharaonique, les Egyptiens ont placé au secrétariat général de la Ligue arabe un de leurs diplomates au nom prédestiné de Nabil…El Arabi. Quant à l’équation incongrue, seule une de ses variables a changé. Le bouillonnement syrien en fournissant l’occasion, s’il ya lieu de paraphraser le défunt Anouar Sadat, on dirait désormais 22 – 1 = 0, le 1 étant présentement Damas.
 
Pratiquement sans transition, mais aussi sans la moindre gêne habituellement exprimée à travers les poncifs diplomatiques de la langue de bois, la Ligue est passée du ronronnement insignifiant de ses stériles résolutions à l’inféodation pure et simple à l’impérialisme occidental de retour. Celui-ci ne s’en cache même pas, il entend bien utiliser la nouvelle ère de régression sortie de ses fonts baptismaux sous l’ironique appellation de «printemps arabe» pour la réalisation de ses desseins géostratégiques. Rien de nouveau, en réalité. Ces desseins ont été esquissés par les faucons de George W. Bush dans leur projet du GMO, le Grand Moyen Orient. Et l’Afrique du nord, y compris sa composante maghrébine, est dedans. 
 
Instrument d’une vassalisation revendiquée et assumée, la Ligue arabe n’entend rien céder de son nouveau rôle dans son contrat de sous-traitance négociée par l’Arabie saoudite et le Qatar. En son sein, le zèle des nouveaux convertis est visible chez les régimes «post-révolutionnaires» qui s’efforcent de donner de la voix plus que les autres. C’est le cas des nouveaux gouvernements tunisien, libyen et marocain qui roulent en parfaite harmonie avec l’Elysée. Découvrant tardivement la nature dictatoriale du régime syrien, entièrement assis sur le pouvoir des «Moukhabarate», la Ligue est en train de s’essayer à un jeu qui, manifestement, la dépasse. Elle n’avait pas prévu qu’en franchissant le Rubicon d’une dangereuse géostratégie, elle tomberait fatalement sur un os de taille. Cet os, c’est celui d’une Russie, qui tient à récupérer l’aura et le poids de l’ex-URSS sur la scène internationale, et d’une Chine devenue deuxième puissance économique mondiale et dont les intérêts s’entrechoquent avec ceux des Occidentaux, au Moyen orient et dans d’autres parties du monde. 
 
Le dernier véto (4 février 2012) de ces deux puissances, au conseil de sécurité de l’ONU, à une résolution sur la Syrie lui enjoignant de se délester dare dare de Bachar EL Assad et de céder –dit en d’autres termes- la place aux islamistes, devrait favoriser une autre approche et d’autres solutions dans la région. D’autant que les Américains, désormais incapables de gagner une guerre sur des terrains extérieurs, ont prévenu qu’ils n’étaient pas pour une intervention militaire en Syrie.Bon sens de la part des Etats-Unis ? Certainement pas. Ce qu’ils savent surtout, c’est que dans cette région en état permanent de baril de poudre prêt à exploser, «il n’y a pas de guerre sans l’Egypte et pas de paix sans la Syrie», selon l’expression consacrée des années 70-80. Une vérité à laquelle l’entrée en lice de la Russie et de la Chine donne tout son sens. 
 
Une autre vérité, totalement occultée par les boutefeux qui poussent à la guerre civile en Syrie, est l’état réel du rapport des forces politiques dans le pays. Les gesticulations propagandistes et les grossiers montages médiatiques abondamment répercutés par les grandes chaines de télévision, El Djazira en tête, ne peuvent masquer les véritables aspirations de la majorité du peuple syrien : la fin d’une dictature d’un autre âge et la préservation d’une unité nationale qu’aucun clivage religieux ni activisme confessionnel n’était venu remettre en cause jusqu’à présent.