Les « services » en flagrant délit de désinformation

Petit garçon de Taza en imploration 
Le makhzen est décidément prêt à tout pour étouffer la répression sanglante qu’il fait subir à la ville de Taza. La photo de ce petit garçon en pleurs avait fait le tour des réseaux sociaux, suscitant l’indignation de l’opinion publique. Est-ce donc vrai? L’armée a-t-elle donc réellement investi des domiciles privés, n’épargnant ni femmes, ni enfants, ni personnes âgées? Les actes de vandalisme, les passages à tabac et les menaces de viol ont donc bel et bien eu lieu?
Pour étouffer le scandale, les services ont bien des ressorts. Ils ont vit appelé à la rescousse certains quotidiens arabophones à leur solde pour expliquer « preuve à l’appui » que l’image du petit garçon proviendrait de Gaza, qu’elle serait celle d’un petit palestinien en pleurs devant un soldat israélien venu arrêter son père en 2009. Ces mêmes journaux se sont répandus en invectives contre les activistes et militants des Droits de l’Homme qui ont diffusé la photo du petit garçon, criant à la manipulation, voire à la conspiration contre le très démocratique Etat du Maroc.
Dans l’image ci-contre, le quotidien An-Nahar Al-Maghribiyya fait sa Une sur « l’imposture » des démocrates et étaye doctement la version mensongère des services.
La cyber police est allée jusqu’à créer une fausse page internet datant l’image du 19 novembre 2009 et criant à la « manipulation » des activistes.
Le site d’information indépendant demainonline a bien relevé la supercherie dans un article intitulé L’enfant de Gaza est bien de Taza. Il relaye une vidéo filmée par des activistes qui se sont rendus sur place et retrouvé le petit garçon. Dans un parfait arabe marocain, sans un soupçon d’accent palestinien, l’enfant a expliqué que les forces de la répression ont cassé la porte de sa maison, et qu’il a très peur de la police.
Flagrant délit de désinformation

La presse makhzenienne mensongère

Il suffisait pourtant de bien regarder la photo pour en avoir le cœur net. Sa posture, la main devant la bouche, en pleurs, serait comprise par n’importe quel marocain comme un geste de supplication. Il s’agit d’une gestuelle typique du langage corporel marocain qu’un petit Palestinien n’arborerait pas forcément.
Le makhzen est peut-être malin, mais certainement pas assez intelligent pour mener une entreprise de désinformation sur des événements aussi flagrants que ceux de Taza.
Zineb El Rhazoui
VoxMaroc, 11/2/2012