Une révolution ne fait pas le printemps

Le président Abdelaziz Bouteflika a réaffirmé, samedi à Tunis, sa détermination à «poursuivre les efforts visant la relance de l’Union du Maghreb arabe». Affiche assez spacieuse pour occuper longtemps les générations, au train où vont les choses. L’expérience a démontré que l’UMA à cinq ne résiste pas au chauvinisme et que sa construction est l’objet de chantages et bute immanquablement sur l’écueil sahraoui. Dans la région maghrébine, il existe six peuples, donc six nationalismes, alors que l’Union maghrébine compte seulement cinq Etats.
La RASD (République arabe sahraouie démocratique), est reconnue par l’Union africaine dont elle est un membre fondateur, alors qu’elle ne l’est pas par l’UMA. Au Maghreb, son espace naturel, elle vit l’exclusion. Ce qui fait que le compte n’y est pas et qu’il faudra un jour, qu’on le veuille ou pas, répondre à la question posée par Yazid Zerhouni dès 2008 et restée sans réponse jusqu’à nos jours. «La véritable question qui devrait être posée est celle de savoir quel Maghreb arabe veut-on édifier. S’agit-il d’édifier un Maghreb au service de ses peuples, ou s’agit-il alors d’autre chose aux objectifs obscurs», se demandait-il. Pour l’homme, «il ne s’agit pas de construire un Maghreb où les uns gagnent et les autres perdent. Le Maghreb ne se limite pas seulement au Maroc et à l’Algérie. Il faut que tous les peuples qui se trouvent dans cet ensemble y trouvent leur place». Or, ce n’est encore pas le cas dans une région où les «révolutions» se poursuivent là où elles peuvent, selon l’audience des BHL, un «Che» contrefait, et du Qatar, un «micro-Etat» sur la voie de la grenouille de la fable. Mais il ne faut pas désespérer, à partir du moment où ils se classent grands révolutionnaires. Ne dit-on pas que la révolution bouffe ses enfants ? Des révolutions moitié pleines moitié vides qui vous laissent méfiants, ne sachant sur quel pied danser. L’UMA peut-elle se construire avec des «révolutions» téléguidées par les mentors de BHL et du Qatar ? Si l’on nous répond que oui, cela voudra dire que l’on ne construira pas le Maghreb des peuples auquel faisait référence Zerhouni et avant lui le défunt Houari Boumediene. Cela voudra dire que la vipère s’est infiltrée dans la khaïma maghrébine, et la vipère ne saurait donner des baisers.

mohamed_zaaf@yahoo.fr

Le Jeune Indépendant, 17/1/2012