Les Marocains ont-ils un sens de l’honneur…?, par Ali Lemrabet

Les Marocains continuent d’être la risée du monde à cause des simagrées de quelques responsables marocains, civils et militaires, qui nous ont offert cette semaine un lamentable spectacle en baissant, comme à leur habitude, leur docile échine devant un gamin, le prince héritier. 
Un petit maître qu’ils appellent « Smit Sidi » (« le nom de mon seigneur« ), tellement ils sont effrayés à l’idée de prononcer son prénom tout court : Hassan.
Après Al Ahram et d’autres sites Web, qui en ont fait leur choux gras, Amro Adib, l’animateur d’une émission de télévision très prisée par les Egyptiens, Al Qahira Al Youm, a commencé cette semaine son monologue par la présentation du désormais fameux reportage de la chaîne de télévision officielle Al Oula. Cette vidéo dans laquelle on voit cette panoplie de responsables marocains embrasser avec ferveur la main du petit sultan venu faire le tour du propriétaire chez les animaux sauvages du zoo de Rabat.
Dans cette scène de volontaire soumission, il n’y a aucune retenue, aucune dignité ; ni de la part de ces honteux rampants, ni de celle de la chaîne de télévision qui a pondu ce reportage pour rappeler aux Marocains la place qui est la leur en bas de l’échelle d’humanité.
Le présentateur égyptien, qui fait mine d’être respectueux envers le peuple marocain, explique à ses nombreux téléspectateurs que les Marocains ont cette « spécialité », cet « amour », ces « traditions », ces traits spécifiques, disons-le pudiquement, qui les poussent à pratiquer le baisemain. Il aurait pu rajouter que nous sommes des lèche-bottes (pour ne pas dire autre chose…), des obséquieux, des flatteurs, des soumis, il n’aurait pas tort.
Et il n’évoquait que le baisemain, laissant de côté le baisepied, une pratique qui se perpétue encore dans les palais de « Sidna ».
Nous étions la risée du monde avec cette moyennâgeuse pratique du baisemain, maintenant nous sommes devenus la cible des railleries des autres pays arabes, ceux du moins qui se sont libérés du joug de leurs tyrans.
Même si Amro Abid n’est sûrement pas la personne idéale pour donner une leçon de décence, lui qui était le grand perroquet télévisuel du régime de Hosni Moubarak, il a pourtant parfaitement raison quand il formule cette vérité : ce sont les peuples qui font leurs dirigeants, qui font leurs dictateurs. Comme disait Winston Churchill : « Chaque peuple a le gouvernement qu’il mérite« . En somme, on mérite d’être dirigé par les Alaouites parce qu’en fin de compte nous ne valons peut-être pas mieux.
Dans un pays où, pour la photo officielle du gouvernement, le roi impose contre toute tradition la présence de son rejeton, le message de l’autocrate est on ne peut plus clair : ce pays m’appartient, il est à moi, à ma famille et à mon entourage ; c’est moi le seigneur et vous êtes les vassaux.
Et après qu’on ne vienne pas nous dire que les Marocains ont un quelconque sens de l’honneur. Ils n’en ont pas.
Demain, 15/1/2012