Superstitieuse la cour ?

Le tribunal militaire de Rabat a décidé hier de reporter sine die le procès des 23 Sahraouis arrêtés lors du violent démantèlement du camp civil de Gdeim Izik, près de Laâyoune, la capitale du Sahara occidental sous occupation marocaine, et qui avait fait plusieurs victimes parmi les autochtones. Officiellement, ce report a pour cause «des raisons procédurales», mais il serait «illégal, selon la loi» nous dit Lili Mohamed Fadel, avocat du barreau de Laâyoune cité par la presse. La loi marocaine ? Elle ne figure pas parmi les trois «A» du fameux slogan marocain : Allah, Alwatan, Almalik.
Quant à l’histoire de la légalité, il faut se dire que le premier viol lui a été fait en 1975, avec l’invasion meurtrière du territoire sahraoui par la soldatesque du roi. Un acte colonial commis par un clone du «peuple élu» au nom d’une terre promise-bis, avec l’aide de ces mêmes pays qui supportent à bout de bras Israël. Avant son intriguant report, le procès avait connu une retentissante médiatisation, mais ce qui est plus intriguant que le report, c’est que les médias marocains ont collé leur tic à France 24, la chaîne française qui s’efforce de battre Al Jazeera, c’est-à-dire battre une vaincue. Avant-hier, France 24 se plaisait à singer les Marocains en reprenant à son compte le sobriquet dont ces derniers affublent le président de la RASD. La chaîne de télévision ne l’appelait plus Mohamed Abdelaziz, c’est-à-dire par son vrai nom comme tout le monde, mais lui donnait du Abdelaziz El-Merakchi, comme font nos voisins de l’Ouest. Ignorance ? Parti pris ? Simple attirance de la Mamounia ? On ne sait trop ! En revanche, on sait que dans toutes les dépêches qui ont fait état des efforts du président Mohamed Abdelaziz en faveur des détenus sahraouis, son nom était écrit correctement. Ce qui accentue le mystère ! Mais tant qu’on ne nous dit pas que ce sont les campeurs de Gdeim Izik qui sont allés démanteler le palais royal à Rabat, on ne criera pas au scandale. On se limitera à penser que présenter des civils devant une cour martiale n’est pas très démocratique. Et puis au pays de Shamharouch, roi des djinns, rien ne dit que le report n’est pas dû tout simplement à la superstition. Il ne faut pas perdre de vue qu’il était programmé pour se tenir un…vendredi 13 !

Mohamed Zaaf

Le Jeune Indépendant, 24/1/2012