Sarkozy «piégé» par Aqmi

Le président français Nicolas Sarkozy doit grincer des dents. Les révélations d’un terroriste arrête et jugé à Nouachott vient de faire des révélations, pour le moins compromettantes pour la Dgse. Les PV d’audition d’un membre d’Aqmi, où il fait le récit de l’enlèvement des Français tués en janvier dernier après leur capture à Niamey, entache l’intervention militaire française pour sauver les deux ressortissants tués lors d’un raid au nord-ouest du Niger, près des frontières avec le Mali.
Un an après l’enlèvement à Niamey par des membres d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) d’Antoine de Léocour et de Vincent Delory, les familles des deux jeunes hommes ne connaissent toujours pas avec précision les circonstances de leurs morts. Opiniâtrement, ils tentent de démêler les enchevêtrements et les incertitudes de l’enquête pour y mieux voir. Mais, il y a trois jours, une «fenêtre» a été ouverte dans les chambres noires de la Dgse. L’audition fin novembre par la justice d’un combattant mauritanien d’Aqmi, entendu à Nouakchott, le 30 novembre par le juge d’instruction du pôle antiterroriste de Paris, Yves Jannier, chargé de l’enquête pour «enlèvement et séquestration suivis de la mort», et par un magistrat mauritanien, met en doute la version officielle et «charge» Paris, remettant en cause la raison même d’intervenir militairement contre Aqmi, alors que la vie des deux jeunes ressortissants n’était pas en danger. Le jeune homme de 22 ans, arrêté en février 2011 alors qu’il s’apprêtait à attaquer l’ambassade de France à Nouakchott s’appelle Mohamed al- Amine Ould Mouhamedou Ould Mballe, dit Mouawiya, membre de la même katiba que les ravisseurs des deux français, raconte la prise d’otage et la mort dramatique des Français. Mouawiya confirme d’emblée aux magistrats que la prise d’otage était planifiée : «Un membre du groupe s’était rendu à Niamey pour des repérages dans un restaurant fréquenté par des Occidentaux. L’enlèvement a lieu le 7 janvier. Ce soir-là, la joie régnait dans les rangs des éléments de la katiba. On a cru que l’opération avait été un succès. Mais nos hommes finissent par apprendre son échec. À l’instant précis où les trois véhicules étaient entrés à l’intérieur du territoire malien, les éléments de la katiba étaient en train d’être attaqués par les forces aériennes françaises qui avaient ouvert le feu contre eux puis lancés les parachutistes. Les deux otages se trouvaient à cet instant à bord du premier véhicule avec les mains attachées. Ils étaient encore sains et saufs.» Selon des «fuites» publiées à Nouakchott, «les éléments de la katiba quittèrent les véhicules afin d’éviter les coups de feu qui avaient pour cibles les trois véhicules. Fayçal al-Jazaïri se trouvait en compagnie d’un des otages, qu’il tira à une distance pas loin du véhicule. Mais l’otage n’avait plus la force de suivre Fayçal al-Jazaïri dans sa marche. En conséquence, ce dernier l’abattit de plusieurs balles avec son arme, une Kalachnikov». Son autre compagnon, Vincent Delory, qui n’était au Niger que depuis deux jours, est le second otage a trouver la mort lors de ce raid militaire français, dirigé par la Dgse : «Aucun parmi les éléments de la katiba n’avait retiré le deuxième otage, qui avait brûlé dans le véhicule à bord duquel il se trouvait. Pour ma part, je pense que le véhicule a pris feu suite aux tirs d’une part, et d’autre part en raison de la présence d’essence à son bord.» Les avocats des deux familles françaises ont saisi cette déposition au vol. «Nous savons désormais, grâce à la déposition de cet homme, que ce n’est pas Al-Qaïda qui a mis le feu aux 4×4, mais l’armée française, avance Me Frank Berton, l’avocat de la famille Delory. Cette opération baptisée «Archange foudroyant», est un véritable désastre. Nous voulons maintenant savoir qui exactement a donné l’ordre de tirer. Et si le but de l’opération était véritablement de sauver les otages.» Les deux familles demandent aujourd’hui de visionner le film pris au sol par les éléments de la Dgse. Sarkozy, qui souhaitait «récupérer» tous les otages français au Sahel, avant d’entamer la présidentielle en position de force, va devoir revoir sa stratégie à la baisse, tandis que la Dgse sort largement égratignée par l’opération «Archange foudroyant».

Fayçal Oukaci 
Le Courrier d’Algérie, 8/1/2012