Il faut savoir ce que l’on veut

Dans son rapport annuel sur le terrorisme dans le monde, le Département d’Etat américain a révélé à l’opinion internationale un secret plus secret que ceux percés par Wikileaks. Selon un compte rendu de la MAP du texte rendu public jeudi dernier à Washington, le Département d’Etat serait parvenu finalement à une importante découverte : le conflit du Sahara occidental empêche les choses de tourner rond dans la région.

L’absence d’un règlement à ce conflit constitue une « entrave à une coopération antiterroriste approfondie » au niveau de la région, disait le rapport avant de passer aux reproches. Partant de l’idée que  » le manque d’une coopération consistante entre les pays de la région constitue une faille potentielle qui risque d’être exploitée par des groupes terroristes comme Al-Qaïda au Maghreb islamique », le Département d’Etat, a regretté que le Maroc ait été « spécifiquement exclu » de la conférence des pays de la région sahelo-saharienne de mars 2010 sur la lutte contre le terrorisme et la criminalité transfrontalière.

Le Département d’Etat nous ressort cette histoire comme si le Maroc était un pays riverain du Sahel ou du Sahara et qu’Alger l’avait arbitrairement exclu d’une réunion qui, au départ, limitait géographiquement ses adhérents. Quant à la lutte contre la criminalité transfrontalière et le terrorisme, nos amis Américains doivent savoir combien sont intenses ces activités le long de nos frontières officiellement fermées. Comme ils doivent savoir qu’ils ont contribué à prolonger la guerre au Sahara occidental en aidant le Maroc à la construction du « mur de la honte » qui coupe le pays en deux sur 2 000 km.

Comme Israël, les Etats-Unis ont contribué à cet ouvrage d’art bien que Washington ne reconnaît pas de souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, classé territoire non autonome chez l’ONU. Ainsi, le Département d’Etat regrette l’existence d’un conflit dont les Américains aident au prolongement. Une attitude qui rappelle l’amour des Etats-Unis pour la démocratie. Pas plus tard qu’avant-hier, le nouvel ambassadeur des Etats-Unis chez nous affirmait le plus sérieusement du monde que « lorsqu’il y aura la démocratie dans la région, nos intérêts seront préservés ». De quoi tordre de rire les gens du Hamas, s’ils lisent !
M. Z. mohamed_zaaf@yahoo.fr
Le Nouvel Indépendant, 22/08/2011