Le «printemps arabe» a un modèle !

Le monde dit arabe vient de connaître son modèle de «printemps» réussi. Il n’est ni tunisien ni égyptien. C’est venu de là où on l’attendait le moins. Pourtant cela crevait les yeux. Il suffisait de bien regarder, de suivre le maître et d’en prendre de la graine. L’Union européenne et les Etats-Unis ne s’y sont pas trompés. Ils ont tout de suite vu, salué et applaudi le prodige de démocratie qui se déroulait au royaume du Makhzen. Presque tout ce qui fait l’opinion mondialisée est d’accord que la nouvelle Constitution va faire du Maroc l’un des pays les «plus démocratiques» et les plus «modernes». Un fait «sans précédent dans le monde arabo-musulman». Dans un enthousiasme général, qui frise le délire, et dans la foulée, l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE) a donné au Maroc le statut de «partenaire pour la démocratie». Précisons que ce statut bénéficie pour la première fois à un pays non membre du Conseil de l’Europe et que grâce à cette décision, six parlementaires marocains et leurs suppléants vont siéger (sans droit de vote quand même) avec les 318 représentants issus des parlements des 47 Etats membres du Conseil de l’Europe. Suite à cette admission dans un temple démocratique, le ministre marocain de l’Industrie et du Commerce, Ahmed Réda Chami, a pu fièrement déclarer : «Je pense que la nouvelle Constitution sera adoptée le 1er juillet, ce qui nous permettra de rester les premiers de la classe comme le Maroc l’était déjà, avant les révolutions arabes en Tunisie et en Egypte». Nicolas Sarkozy qui est en train de démocratiser la Libye à coup de bombes, est très content des «réformes qui constitueront des avancées capitales tant en ce qui concerne les libertés publiques et les droits individuels que le renforcement de l’Etat de droit». Pour lui, le cas échéant, c’est toujours une guerre d’économisée. Mais, bien à propos, revenons au modèle. Tous les dirigeants arabes ou dits «arabes» (tant pis pour Zine El Abidine Ben Ali et pour Hosni Moubarak) n’ont pas vu jusqu’à présent que le meilleur système de gouvernement est la monarchie absolue et héréditaire. Il suffit juste de copier-coller la Constitution de Mohamed VI pour faire taire tous les griefs et, en prime, se faire admettre dans la cour des grands. A cet égard, il n’y a plus besoin de s’interroger sur ce statut de «démocratiseurs» accordé aux pétromonarchies, il fallait juste comprendre qu’elles représentent ce qu’il y a de mieux pour les pays arabes et leurs aspirants. Quand on se rappelle, chez nous, ce qu’une histoire de mandat nous a coûté comme débats ! Alors qu’avec la mode makhzénienne le problème n’aurait pas existé. Le seul problème qui resterait à résoudre est de faire accepter aux peuples d’être gouvernés par un monarque omnipotent, quand ils ne supportent plus le manque d’alternance et qu’ils exigent de choisir ceux qui doivent les représenter. En fin de compte, on revient à la question de l’heure sur le bien-fondé de l’ingérence de la «communauté internationale» qui n’en tient pas du tout compte, en faisant croire que si.
Par Ahmed Halfaoui
Les Débats, 26/06/2011