MEDELCI ÉVOQUE LES DROITS DE L’HOMME AU SAHARA OCCIDENTAL : Le Maroc prend la mouche

Le représentant permanent du Maroc auprès de l’Office des Nations unies à Genève a été piqué au vif lorsque le chef de la diplomatie algérienne a esquissé la question de la violation des droits de l’homme au Sahara occidental.
La lune de miel entre le royaume du Maroc et l’Algérie n’est pas pour demain. La question sahraouie constitue la principale pomme de discorde entre les deux pays. Aborder ce dossier sous l’angle de la décolonisation irrite au plus haut point les responsables marocains. C’est ce qui s’est passé mardi juste après que le ministre algérien des Affaires étrangères ait prononcé son allocution à l’occasion de la tenue de la 16e session du Conseil des droits de l’homme à Genève.
«L’accélération de l’histoire dans cette région, dont nous sommes à la fois témoins et acteurs, ne saurait éclipser la situation de non-droit dans laquelle se débattent les peuples palestinien et sahraoui», a déclaré Mourad Medelci qui évoquait la situation dans les pays voisins de l’Algérie. «Elle ne saurait, non plus, légitimer les silences qui confinent au renoncement aux principes fondateurs des Nations unies, face à des cas avérés de violations des droits de l’homme.
Le devoir de protection ne saurait être sélectif. En Palestine, comme au Sahara occidental, l’occupation étrangère alimente une violation des droits de l’homme et du droit international humanitaire», a souligné le chef de la diplomatie algérienne. Vexé, le représentant marocain auprès des Nations unies à Genève lui a abruptement répliqué. «Je me limiterai à lui répondre que le pays qui a un registre de deux longues et douloureuses décennies d’état d’urgence, synonyme de négation du droit, n’a aucune légitimité pour parler des droits de l’homme», a répondu Omar Hilale, visiblement courroucé et contrarié. Certaines vérités froidement assénées ont du mal à être acceptées. C’est le cas du Maroc quand il est mis en cause et acculé au sujet de la question du Sahara occidental.
Les écarts de langage de la diplomatie marocaine franchissent les frontières de la bienséance qu’impose le domaine de la politique étrangère caractérisée par la finesse, l’habileté, et le tact.
«Le véritable silence que j’aurais souhaité que Son Excellence le ministre des Affaires étrangères algérien dénonce, c’est celui imposé aux populations algériennes, qui sont empêchées d’exprimer leurs revendications économiques, sociales et culturelles, comme c’est le cas dans les pays arabes», a poursuivi le diplomate marocain qui avait du mal à maîtriser son sang-froid. Désarçonné par le discours du chef de la diplomatie algérienne, l’ambassadeur marocain s’est laissé aller à des allégations qui sont loin d’honorer sa fonction. «Cette attitude est antinomique avec le discours du ministre algérien sur l’autodétermination, dans ce sens, que l’Algérie n’a pas respecté le choix démocratique de son peuple lorsqu’il s’est autodéterminé par les urnes en 1991.
L’Algérie, a-t-il poursuivi, n’a pas non plus respecté ce choix en faveur des populations kabyles qui revendiquent pacifiquement leur spécificité culturelle, linguistique et socioéconomique», a déclaré Omar Hilale dans une dépêche répercutée par l’agence de presse marocaine officielle MAP datée du 1/03/2011.
Le ridicule ne tue pas et le représentant du Maroc aux Nations unies à Genève n’hésite pas à s’en couvrir en cultivant la désinformation: la Kabylie est une région indivisible du territoire national et les Kabyles y tiennent comme à la prunelle de leurs yeux. Quant à l’autodétermination (un lapsus involontaire certainement du diplomate marocain), faut-il lui rappeler que le peuple algérien a arraché son indépendance après avoir mené une guerre de libération qui a duré sept longues années. C’est ce qu’attend le peuple sahraoui depuis maintenant plus de trente-cinq ans.
Mohamed TOUATI
L’Expression Online, 03/03/2011