Maroc : Génération MDR

Très cher Amine,
Ceci est une lettre que je t’adresse, mon ami, pour te dire tout le mépris que j’ai pour tes semblables, depuis que j’ai eu la malheureuse idée de discuter avec ta petitesse de l’actualité politique. Je te l’écris, car je n’ai ni le temps ni les moyens de monter une organisation secrète qui s’occuperait de la stérilisation massive des esclaves volontaires, limitant ainsi la propagation de la connerie. Je t’écris donc, pour me venger.
Je te vois, sur Facebook, liker Nous aimons le MAROC et Sa Majesté que Dieu le garde Allah Alwatan Almalik, ou encore Rester chez soi le 20 février est une preuve d’amour à Sa Majesté. Des fois tu publies une vidéo de Tarik Ramadan, avec comme commentaire “hhhhhhh”. Souvent tu cites Hassan II, comme étant un grand homme. Sais-tu que par cela tu fais l’apologie des crimes horribles commis par cet homme ? oui mais il a fait d’autres choses pour notre pays, et il l’a protégé contre la division, me réponds-tu, l’air fondamentalement bête.
Dans la vraie vie, ta connerie passe au niveau supérieur, tes propos sont une ode à la stupidité et à la connerie. Jamais tu ne cèdes, jamais tu ne changes de point de vue, jamais tu ne me sors une idée originale. Je peux prévoir ce que tu vas dire, je peux le lire dans les dépêches de la MAP, ou dans la chronique de Nini. Tu es prévisible car tu es exactement comme on voudrait que tu sois : soumis et minable.
Génération 10 000
Tu as fait des études. Au moins le crois-tu. Tu es cadre quelque part, avec quelques responsabilités que tu crois considérables. Tu m’en parles à longueur de journée croyant m’impressionner. Tu as lu un ou deux livres, et l’édition d’avant hier de Aujourd’hui le Maroc, tu penses que par cela tu deviens cultivé et au courant de l’actualité. Tu considères avec dédain tes compatriotes qui n’ont pas eu la chance ou le cran de faire le minimum d’études comme tu l’as fait. Ainsi, tu te crois permis de dire que les marocains sont des sauvages, qu’ils ne méritent pas une démocratie à la suédoise, et tu me donnes l’exemple de Abdelouahed, jeune ouvrier au SMIC, qui ne sait même pas parler français dis-tu, et qui porte des lunettes de soleil ridiculement fausses. Ta bassesse m’impressionnera toujours.
Cependant, en lisant ces lignes, tu ne te sens pas concerné, parce que, la semaine dernière tu as pris une bissara avec les enfants du peuple, dans un quartier populaire. Tu connais le peuple, me déclares-tu, sûr de toi.
Avec tes 10 000 balles mensuelles tu va assister à tel concert, ou aller à telle boite de nuit, ou porter des chaussures de je ne sais quelle marque. Tu crois ainsi que tu as réussi, que, donc, le Maroc s’est développé. Seulement, tu ne t’en contentes pas, tu tiens à me raconter ta life, abusant ainsi de ma sympathie et de ma bonhomie. Pauvre moi.
Génération MDR :
Ce qui me fatigue quand le flot de tes inepties se heurte à mes oreilles, qu’il tient à pénétrer malgré le refus catégorique de mes neurones, c’est que ton intellect n’est absolument pas capable d’appréhender les bases de la pensée rationnelle. Tes arguments sont non seulement très WTF, mais aussi et surtout, très énervants.
Pour prouver que le Maroc a beaucoup avancé tu me demandes de regarder autour de moi, les projets que Sa Majesté a eu la bienveillance et l’extrême bonté de nous en gratifier. Ah, ingrat que je suis, le Roi investi mon argent sans me demander mon avis, et moi, hostile à l’idée même du développement, je refuse de reconnaître sa généreuse charité. My bad !
Pour prouver formellement que tu es con, tu me dis que les marocains aiment leur Roi, que c’est toute une Histoire, que le Sahara est marocain, que les algériens nous veulent du mal avec l’aide des espagnols. Si je ne suis pas content, me dis-tu, je n’ai qu’à partir ailleurs, te laisser ton Maroc tranquille. Car les gens ici sont heureux et ils dépannent avec le temps. Vois-tu, lorsque l’on traduit tes expressions toutes faites (bnadem dima m3addi m3a lwa9t w bikhir), la sottise inhérente à ta personne éclate au grand jour. Te sens-tu ridicule maintenant ? je crains que non.
Pour enfoncer le clou, tes balivernes peuvent atteindre les ultimes sommets de la bêtise. Tu me dis que le Maroc n’est pas la Suède. Tu me dis que les marocains, mes compatriotes, sont indignes de liberté. Tu me dis que nous ne sommes pas prêts. Tu me dis même, parfois, que tu regrettes le temps de Driss Basri. J’en suis tellement choqué que je ne puis y répondre. Tu crois que tu as gagné la discussion, et prouvé ton point de vue.
Tu es heureux. Je te méprise.
Après le 20 février tu as fais un virement de bord intellectuel qui m’a sincèrement laissé pantois. J’ai sous-estimé ta connerie, moi qui croyais si bien la connaitre.
Tu as commencé par dire que le Maroc n’est pas la Tunisie. Puis que le Maroc n’est ni la Tunisie ni l’Egypte. Puis que le Maroc n’est ni la Tunisie, ni l’Egypte, ni la Libye. Soudain tu as commencé à dire que les jeunes du 20 février appartiennent au Polisario. Quelques temps après, tu t’es mis à me parler d’évolution, et non de révolution, quand tu as entendu Hicham El Alaoui en parler chez Calvi. Ensuite le Prince s’est transformé en ennemi de la Nation quand il a dit avoir de l’estime pour ces jeunes.
En somme, tu t’opposais au principe même d’une manifestation. Comment oses-tu ?
Après le 20 février tu as encore changé de discours, suivi la foule, partagé les vidéos d’actes de vandalisme avec des commentaires on ne peut plus dégueulasses. Tu as conclu, encore une fois, que les marocains étaient indignes de liberté. De ma part je crois sincèrement que tu es indigne de l’intellect dont t’a gratifié mère nature.
Je regrette d’avoir évoqué ce sujet avec ta bassesse. J’avais un semblant d’estime pour toi.
Demain je te croiserai au bar. Je resterai courtois, mais saches que ça m’est bien pénible.
CJDM, 24/02/2011