FSM-Dakar : Opinions divergentes des participants sur le bilan

DAKAR, 12 fév (IPS) – Les points de vue divergent sur le bilan du Forum social mondial (FSM) qui s’est tenu à Dakar, la capitale sénégalaise, du 6 au 11 février. Des participants interrogés par IPS font état de bonnes notes dans l’organisation, mais déplorent quelques ratés.

« C’est mon premier forum social. Il y a eu des difficultés d’information en ce qui concerne les réunions. Quelque chose qu’il ne faut pas négliger, c’est la sympathie des gens », témoigne Kati Gerting, une étudiante allemande.

Doudou Diop, un vendeur d’objets d’art sénégalais, est heureux pour ses affaires. « On a bien profité du forum social pour vendre beaucoup de marchandises », affirme-t-il.

Et il dit avoir pris également la mesure de la violence au Sahara Occidental (occupé par le Maroc depuis 1975, ndds), grâce au forum. « Je ne savais pas que le problème politique au Sahara Occidental existe encore. En discutant avec des Sahraouis, ils m’ont dit que leur territoire vit encore la violence, ce qui m’a surpris car on n’en parle pas dans les médias ici », commente Diop.

« J’ai aimé la philosophie du forum social mondial auquel je participe pour la première fois. Mais, je n’ai pas aimé l’organisation en termes d’orientation et d’information. J’estime que puisqu’il se tient à Dakar pour la première fois, il fallait recueillir les avis de toutes les organisations participantes, lors de la préparation, en développant une approche participative », déclare Aboubacry Sy dit Ciré, chef de la mission de l’ONG Secours islamique de France, venu au FSM.

« C’est un forum qu’on peut qualifier de foire. Certains font de la musique, des voitures circulent entre les stands. Ce n’est pas sérieux. Il n’y a pas d’ordre ici. Toute la programmation a été faussée », déplore encore Sy.

Mais, Aïda Dioum, une Sénégalaise qui s’est portée volontaire au service du comité d’organisation du FSM, ne partage pas cette opinion. « Le forum s’est bien passé; nous avons fait de notre mieux pour guider les gens et les aider à identifier les tentes. Nous avons été formés pour cela », affirme-t-elle.

Sy ajoute que « les rencontres d’idées ne sont pas soutenues. Il fallait une radio pour orienter les gens et les informer des changements et modifications survenus sur le programme. Les organisateurs pouvaient acheter une tranche horaire dans une radio de la place pour faire cela ».

« C’est la deuxième fois que je participe au forum social. J’étais à celui de Caracas, au Venezuela. Il y avait nettement plus de monde qu’ici. C’est peut-être parce que le gouvernement vénézuélien soutenait l’organisation du forum. Il n’y avait pas de problèmes de locaux, comme c’est le cas à Dakar », déplore Claude Bauhain, membre de l’ONG ATTAC-France. « Le gouvernement ou les autorités de l’Université [Cheikh Anta Diop de Dakar] ont fait exprès de saboter le forum en ne mettant pas assez de locaux, comme ils l’avaient promis, à la disposition du comité d’organisation », ajoute-t-il.

« J’apprécie la pertinence des débats et des questions, ce qui montre que les gens ont beaucoup réfléchi à ces questions comme la souveraineté alimentaire ou les modes de culture », souligne Danielle Touati, une participante française.

Elle salue « la manière dont les Africains savent écouter les autres et s’écouter mutuellement et le degré de citoyenneté des participants aux débats » auxquels elle a assisté.

« L’ambiance du forum social de Dakar est très bonne. La musique à côté, ça fait plaisir, même si ça dérange parfois. Il y a des objectifs très importants qui ont été atteints. On les voit déjà. Par exemple, la réunion sur l’accaparement des terres a permis de coordonner des actions et des réflexions sur ce sujet précis », estime Bauhain.

IPS, 12/02/2011