Le temps des réformes

Sous le règne de Mohamed VI, nul ne peut nier que maints domaines ont connu une nette amélioration par rapport à l’époque Hassan II. L’aspect social a su d’ailleurs se détacher du lot, surtout avec l’INDH : l’exemple fulgurant que le Maroc est devenu un immense chantier envié par ses voisins du Maghreb, pour ne citer qu’eux.
Cependant, notre ère peut largement être plus que l’ère du développement social et dépasser aisément cette restriction, elle peut devenir une nouvelle page de l’Histoire d’un Maroc moderne. Un Maroc où démocratie, équité et égalité seront les mots d’ordre et les valeurs enracinées chez tous les citoyens.
Mais malheureusement, plusieurs obstructions féroces continuent de priver notre patrie de prendre son plein essor.
Le pouvoir au Maroc souffre encore d’une centralisation massive qui ne veut guère s’estomper. Et ceci malgré plusieurs tentatives de la scène politique d’instaurer une régionalisation qui soit digne de ce nom. Le monopole du pouvoir accordé à certaines figures proches du palais, empêche l’établissement d’une base démocratique reflétant les aspirations de tous les marocains : les conseillers du roi, son chef de cabinet Mounir El Majidi et son ami favori El Himma sont les figures de proues qui dessinent de facto les traits de la politique marocaine. Ceci fait, les partis politiques se sentent tels des marionnettes entre les mains d’une dizaine d’individus détenant le pouvoir. Ce qui restreint le rôle de ces instances politiques à des façades inutiles et impuissantes servant à jouer une comédie marocaine appelée démocratie.
Dans une vraie démocratie, auriez-vous vu un parti gagner des élections après quelques mois de sa formation ? Auriez-vous vu des députés opportunistes et sournois qui s’acharnent à y adhérer pour assouvir leur avidité ?

En défendant implicitement ce genre de manœuvres –parmi d’autres plus graves encore-, la monarchie ne peut que nuire à son image.
La moindre maladresse commise ainsi par ces proches du palais (et ils en commettent, car l’erreur est humaine) entachera l’honnêteté du palais et son dévouement inexorable au développement du pays. Un exemple (parmi d’autres) assez récent est celui des documents de Wikileaks, où un certain document censuré au Maroc divulguait que « les décisions concernant les investissements majeurs sont en réalité prises par trois individus Mounir El Majidi, El Himma et le Roi lui-même ». Ce genre de divulgations accompagné de restrictions majeures sur les libertés d’expression lèse d’une façon ou d’une autre la monarchie.
Les institutions démocratiques sont quasiment toutes là, mais elles souffrent d’un dysfonctionnement majeur ne leur permettant guère d’accomplir leur rôle : c’est qu’elles ne détiennent pas le vrai pouvoir.
Les députés bicaméraux et les ministres font foison, mais sans avoir pour autant un réel poids sur la décision politique. Le contrôle établi sur les médias et la justice ne fait que servir diaboliquement cette machine en défigurant à la vitesse de la lumière tout opposant ou militant ayant une voix qui diffère de l’opinion sacrée de la haute sphère détenant le pouvoir, le vrai pouvoir.
Ce jeu de pouvoir ne passe pas inaperçu chez les citoyens, qui s’obstinent d’ailleurs à voter sachant d’avance que le député n’apportera quasiment aucun changement à la situation (rappelez-vous du taux de participation atteignant difficilement 37% proclamé par les autorités lors des dernières législatives). Cet élu ne cherchera qu’à s’enrichir et à accéder à l’édifice du parlement en soudoyant les âmes corrompues, devenant ainsi le rouage rouillé d’un dispositif politique désuet.
La solution à cette crise politique se trouve dans la constitution marocaine. Cette dernière qui n’a guère subi de vraies réformes depuis son adoption mitigée. C’est en adoptant une constitution allouant un vrai pouvoir aux institutions politiques, garantissant l’établissement d’un système démocratique honnête et reflétant la volonté du peuple que le marocain renouera ses liens avec la politique, avec laquelle il a divorcé depuis des années.
La séparation des pouvoirs et leur répartition adéquate entre le palais et les institutions de gouvernance sera le garant de la continuité du développement social connu par le pays. Car quoi qu’on dise, ce dit développement ne pourra continuer sans être accompagné en parallèle avec des réformes novatrices qui sont devenues de plus en plus une nécessité ces derniers temps.
Cette dite séparation permettra au peuple d’être le juge de ses députés et de son gouvernement. Ce qui assurera certainement au palais un attachement inconditionnel à son peuple qui ne se posera plus de doutes sur les mesures entreprises par ce dernier.
Certes le taux d’analphabétisme bat encore des records avec ses 40%, le taux d’insouciance politique atteint encore plus, mais cela n’est pas une excuse pour sombrer dans l’autoritarisme ou dans le concept du despotisme éclairé.
N’y a-t-il pas dans chaque région du Maroc des honnêtes hommes et femmes voulant servir leur pays ? Rares sont-ils certes, mais je suis sur et certain qu’ils sont là et qu’ils luttent pour le bien de cette patrie tant aimée. Les mères marocaines n’enfantent pas que fourbes …
On a marre de la corruption, du système éducatif pourri, du clientélisme et de l’oppression des libertés. Même le plus analphabète de nous se sent trahi lorsqu’il se voit exiger un petit pot de vin aux administrations publiques, quand il sait que Fodail Aberkane est mort dans un commissariat il y a quelques semaines sous la torture, quand il voit Chakib El Khayari incarcéré pour avoir dénoncé les ripoux, et les exemples, ce n’est malheureusement pas ce qui manque.
C’est en revisitant la constitution, en combattant le laxisme politique et en dénonçant les corrompus que le Maroc entamera une nouvelle page de son histoire guidée par son roi bien aimé, symbole de l’unité de la nation. Ce qui permettra à la patrie de relever tous les défis et devenir l’une des plus belles démocraties en Afrique et au monde arabe, car pour ne pas se mentir, une démocratie, le Maroc n’en est pas une !
Mehdi Zahraoui
Source : Lakom, 29/01/2011