Alger n’est plus «l’ennemi» ?

Samedi dernier, M. Mohamed El Yazghi, ministre d’Etat marocain, membre du Conseil national de l’USFP, appelait l’Algérie à s’impliquer sérieusement, de manière crédible et transparente afin de propulser les négociations autour de l’ancienne colonie espagnole. A son avis, le statut d’observateur d’Alger dans l’affaire du Sahara occidental n’écarte pas sa responsabilité dans la contribution au règlement de cette question. 
El Yazghi a probablement raison puisque Alger a deja mené avec succès une telle entreprise en parvenant à un accord de paix entre la Mauritanie et le Polisario. Depuis, la Mauritanie figure parmi les pays qui reconnaissent la RASD (République arabe sahraouie démocratique, membre fondateur de l’UE) et les deux Etats entretiennent des relations tout ce qu’il y a de cordial. Mais Rabat ne semble pas avoir retrouvé sa raison comme c’était le cas de Nouakchott. 
El Yazghi opère même un recul, calqué d’ailleurs sur ses pairs marocains, pour s’interroger perfidement sur la représentativité du Polisario. N’est-ce pas en tant que représentant unique et légitime que le Maroc a été amené à conclure le cessez-le-feu et les plans de paix qu’il renia par la suite, exactement comme fait Israël en Palestine ? Les reniements étant ce qu’ils sont chez la diplomatie royale, quel crédit peut accorder le naïf à de telles amorces ? D’autant que l’Algérie avait déjà suggéré par le passé une idée pour débloquer la situation lorsque Abdelaziz Belkhadem, alors ministre des Affaires étrangères de la RADP, proposait des « arrangements territoriaux ». Une proposition qu’il n’a jamais explicite et qui n’a jamais eu d’écho ni côté sahraoui ni côté marocain. 
Que M. El Yazghi s’adresse à l’Algérie autrement qu’en pays ennemi comme le fait son roi, c’est déjà assez encourageant à un moment où tout le monde, Ban Ki-moon et Christopher Ross compris, considèrent que le statu quo au Sahara occidental est intenable. Les peuples de la région voudraient voir régler un problème qui dure déjà depuis plus de 35 ans. Ils ont d’autres chats à fouetter, d’autres luttes à mener, peuple sahraoui compris, pour voir comment entrer dans un GMO qu’ils dessineraient de leurs propres mains, selon leurs propres valeurs.
M. Z. mohamed-zaaf@yahoo.fr
Le Jeune Indépendant, 24/01/2011