Opération de marketing des contrebandiers du Sahel

Une nouvelle et intéressante vidéo du GSPC au Sahel, mise en ligne : Du «marketing» de Droudkal
Par Wassim Benrabah
Depuis le temps que nous n’en finissons plus de dire que le Sahel vit sur une poudrière, et que des pyromanes, avec la France à leur tête, ont mis le feu aux poudres, voilà que des confirmations de plus en plus précises et de plus en plus nombreuses nous en sont fournies chaque jour. 

Droudkal, de même que ses amis qui « gèrent » pour lui sa « filiale » la plus rentable activant dans la bande sahélo saharienne, semble avoir saisi tout le « bénéfice » qui peut être obtenu d’une bonne campagne de marketing. 

Ainsi, et après avoir piqué au vif la France, de la manière la plus ironique qui soit, voilà qu’une nouvelle vidéo (au demeurant fort instructive) vient d’être mise en ligne. 

Avant de poursuivre, cependant, l’ouverture d’une parenthèse s’impose. Si Droudkal s’en est pris à la France, alors que celle-ci représente (paradoxalement) son plus précieux allié, c’est uniquement pour perpétuer la même tradition née du prétendu conflit existant entre Al Qaïda de Ben Laden et les USA. 

Bref, la nouvelle vidéo, qui semble s’apparenter à une véritable démonstration de force, n’ayant donc rien à voir avec un précédent document (destiné à la propagande de recrutement) mettant en scène la prétendue insouciance d’activistes gambadant, jouant…
Dans cette vidéo, qui aurait été filmée au douzième jour du mois de ramadan, on voit clairement les véhicules ainsi que les armements des activistes de ce groupe terroriste.
Hormis les véhicules dits « Station », mais modifiés au point de devenir les 4X4 les plus rapides au monde, les terroristes disposent ainsi de nombreux lance-roquettes, de fusils mitrailleurs ainsi que des canons et mitrailleuses fixées sur les véhicules en question.
La Mauritanie dans l’œil du cyclone
Chose troublante, mais particulièrement significative, le document fait apparaître (de manière inédite, signalons-le avec force) un nombre important d’activistes de nationalité mauritanienne. 

Ces derniers, appelant les leurs à les rejoindre, s’en prennent avec une rare violence aux dirigeants de leurs pays ainsi qu’à la France. 

C’est, en effet, la Mauritanie qui, la première, a permis que l’Occident puisse « légitimement» disposer du droit d’ingérence militaire dans cette zone particulièrement sensible et dangereuse. L’action militaire (ratée) menée au Mali par les troupes franco-mauritaniennes avait, d’une part scellé l’arrêt de mort de l’otage, Michel Germaneau, et de l’autre attribué le label « Al Qaïda » à la bande de criminels et de trafiquants survivants, du peu qui reste du GSPC.
Hamada Ould Mohamed Khairou, un Mauritanien libéré (en plus de 3 autres criminels, dont deux Algériens) par les autorités maliennes en échange de l’otage français, Pierre Camatte, est présenté comme le « prisonnier modèle libéré par la force des armes ». 

Il lit des poèmes en hassaniya, provoquant une forte hilarité au sein de ses compagnons, avant de s’en prendre à certaines figures du courant salafiste en Mauritanie.
Emprisonné en avril 2005, quelques mois avant la chute d’Ould Taya, il s’évada, en 2006, avec deux ses compagnons, Sidi Ould Habott et Khadim Ould Semane, ce dernier accusa à l’époque dans une déclaration sur Al Arabiya, Ely Ould Moamed Vall d’avoir facilité sa fuite.
Ould Mohamed Khairou sera arrêté en août 2008 par les autorités maliennes à Kayes. 

Un autre Mauritanien, Abdallahi al chinguitti, le seul à apparaître sur cette vidéo, le visage découvert durant l’enregistrement, suivi d’un autre, Abou Jelba al chinguitti, lit un poème en hommage au kamikaze tué lors de l’attentat contre l’Ambassade de France à Nouakchott, Abou Oubeida Moussa al Basri.
Quand l’intox remplace l’info…
La vidéo cite les noms de Mauritaniens tués au cours des opérations. Il s’agirait de « Abou Mohammed Al Jekeni (Ahmedou Bamba) de la ville de R’Kiz, Mohamedou Ould Magham, de la tribu Idab Lehssen, Isselmou Ould Abdellahi Ould Oubeid, de la tribu Tagounanet et Limam Ould R’Hal dit Oumère alias Abou Esma ». 

Quatre autres éléments de l’organisation prennent la parole au cours de l’enregistrement, en plusieurs dialectes africains : Hassan Foullany en peulh, Omar Targui en touarègue, un Bissau guinéen en portugais et un Nigérien en haoussa.

Décidément, le Sahel n’a jamais été plus proche de l’implosion. 

Pourtant, c’est ce moment que choisit un certain Mustapha Ould limam Chafi, pour venir prétendre avoir personnellement négocié avec Mokhtar Belmokhtar la libération des deux otages espagnols. 

Or, outre le fait que les otages en question ne se trouvaient pas chez Belmokhtar, en trêve depuis plusieurs années, et hostiles aux enlèvements depuis le début, le « témoin » en question serait un vulgaire contrebandier désirant tirer profit de cette opération, en vendant aux plus offrants (des médias et des services secrets occidentaux présents en force dans le Sahel) ses prétendus témoignages et informations. Cela en rajoute forcément une « couche » au trouble ambiant.

Cela profite forcément à plusieurs parties. Mais certainement pas aux pauvres populations habitant ces régions. 

Ni à l’Algérie, qui a payé le prix fort dans sa lutte contre le terrorisme, et qui se retrouve aujourd’hui poignardée dans le dos par ceux-là même à qui elle avait dispensé aides, réconfort et moyens incommensurables…