Guinguinbali : Wade veut être président du Sénégal jusqu’à 91 ans

Par J. Naranjo

Abdoulaye Wade a 84 ans. Depuis dix ans qu’il est Président du Sénégal, il n’en a pas eu assez. Il y a onze mois, il a annoncé qu’il se présenterait sa candidature pour un troisième mandat en 2012, ce qui peut signifier, au cas où il gagne, qu’il abandonnera la présidence à 91 ans. L’opposition rejette cette option et l’accuse d’essayer de manipuler la Constitution.

Ces derniers jours, le ton du débat est monté au Sénégal. Abdoulaye Wade peut-il opter pour un troisième mandat ? Est-ce bon que le pays soit dirigé par une personne aussi âgée ? Et surtout, est-ce légal ? Depuis le milieu présidentiel, on assure qu’il n’y a aucun problème, que Wade est parfaitement en forme. Cependant, pour l’opposition, il s’agit clairement d’une fraude de la loi.

Wade est né le 29 mai 1926. Après s’être présenté à quatre reprises aux élections, à la tête du Parti Démocratique Sénégalais (PDS), il connaît enfin la victoire, en 2000, au deuxième tour. Un an plus tard, en 2001, et avec les votes à faveur de son parti, il instaure une réforme de la Constitution, limitant ainsi le nombre de mandats présidentiels à deux et réduisant leur durée de sept à cinq ans.

Lors des comices de février 2007, Wade, qui avait déjà plus de 80 ans, obtient une grande majorité au premier tour (56 % des votes) se proclamant ainsi, de nouveau, président. Il annonce alors qu’il ne présentera plus sa candidature, comme l’ont rappelé dernièrement les journaux locaux. “Je ne me présenterai pas, parce que la Constitution le défend. J’ai limité à deux le numéro de mandats”, assurait alors Wade.

Cependant, deux ans plus tard, en septembre 2009, il déclare : “Si Dieu me donne longue vie et préserve mon cerveau et ma santé, je serai de nouveau candidat.” Ce changement de position du Président a créé une vague d’indignation parmi les partis de l’opposition et les citoyens. “J’ai le droit d’être président. Au Sénégal, il y a des personnes qui exigent la démocratie et qui ne sont elles-mêmes pas démocrates. Il faut laisser le peuple sénégalais décider. Que quiconque veuille se présente, que la partie soit ouverte. Nous vivons sous une démocratie”, a renchéri Wade.

La fente à laquelle se cramponnent Wade et ses partisans, c’est que la réforme de la Constitution, qui limite à deux les mandats présidentiels, a été approuvée en 2001, donc un an après son arrivée au pouvoir. Pour cela, ils affirment que le premier mandat de Wade ne rentre pas sous le nouveau texte constitutionnel et, pour autant, ne compte pas dans l’application de la nouvelle loi. Suivant ce raisonnement, Wade serait à son premier mandat à partir de l’approbation de la Constitution de 2001 et pourrait, en ce sens-là, se présenter en 2012.

Sous le point de vue de l’opposition, les choses sont vues autrement. Pour Ibrahim Sène, responsable d’un des partis de la coalition opposante, on est devant “un coup d’État constitutionnel”. “Il ne peut se présenter qu’en violant la Constitution”, affirme-t-il. Début août naissait, à Dakar, un mouvement dénommé Terminus 2012, dont l’unique objectif est d’empêcher que Wade se présente pour un troisième mandat.

Cependant, ce qui plus a troublé les eaux de la politique sénégalaise ces derniers temps, c’est l’élection, récemment, de Cheikh Tidiane Diakhaté comme président du Conseil Constitutionnel. Diakhaté, ex-président de la Cour d’Appel, est reconnu comme partisan de Wade ; par ailleurs, le Conseil Constitutionnel est l’organe qui devrait se prononcer sur la légalité ou non d’un troisième mandat. Un coup en plein dans le mille…

Guinguinbali, 27/8/2010