Quand George Bush et François Mitterand évoquaient l’Algérie et le Maroc

La conversation se déroule le 14 mars 1991 au cours d’un tête à tête en Martinique entre le président français François Mitterand et son homologue américain George Bush. Les deux hommes évoquent la fin de la guerre en Irak, ses conséquences sur la région mais ne manquent pas d’aborder d’autres questions internationales. Parmi elles, le cas de l’Algérie, de Libye et du Maroc. Frappées du sceau de la confidentialité, ces entretiens viennent de faire l’objet d’une déclassification de la part des autorités américaines. L’hebdomadaire Le Nouvel Observateur (19-25 août) en publie des extraits exclusifs. Au cours du déjeuner, George Bush et François Mitterand font un tour d’horizon planétaire.
George Bush: L’Algérie, on peut aider?
François Mitterand: Je ne suis pas inquiet, sauf s’il y a un risque de coup d’Etat au bénéfice d’intégristes exaltés. Mais ils vieillissent aussi. Je vous ai raconté mon entretien avec Kadhafi. C’était la première fois qu’il me téléphonait, au début de la guerre (contre l’Irak, NDLR). IL m’a dit: je vous téléphone car il y a tellement de fous dans le monde en ce moment; il faut que les gens raisonnables se parlent!
George Bush: Je suis inquiet pour la stabilité du Maroc
François Mitterand: Le roi a réussi à se faire beaucoup d’ennemis. Il a une conception traditionaliste, médiévale de sa fonction. Il est moderne pour tout le reste, sauf pour les structures de la monarchie. Il ne se rend pas compte que cela commence à être dépassé. Il détient des prisonniers d’opinion depuis vingt-cinq ans! 
DNA-Algérie, 19/8/2010