Le Jour d’Algérie : Changer d’image?

Pourquoi l’Algérie a-t-elle mauvaise presse, ici et ailleurs, en général et en particulier ? Parce que l’étranger n’y a pas sa place, franchement, comme il l’a dans les pays ouverts. L’Algérie appartient aux Algériens, credo de l’indépendance – mais quels Algériens, au juste ? De confession musulmane et de race arabe. Si le paradis est dans le pré, l’avenir est dans l’uniformité. Processus d’uniformisation mis en œuvre par l’arabisation, puis ré-islamisation, jusqu’à l’annihilation, on eut dit programmée, évitée de justesse – voire fameuse décennie. Refus de comprendre, débats interdits – dangereux, main étrangère, charte, autoritarisme… Il fallait, et il faudrait, faire l’inverse : dé-suniformiser, diversifier, s’ouvrir, ouvrir. C’est la condition pour avoir bonne presse. L’étranger veut avoir sa part, mais il y a plusieurs sortes d’étrangers : celui qui compte et celui qui ne compte pas. Les Etats étrangers et leurs chefs ne comptent pas, Sarkozy, Obama, Berlusconi et tout ça. Ils ne sont pas vraiment maîtres chez eux. Il faut voir du côté des lobbies, ceux qui peuvent influencer réellement. Autrement dit, il faut s’ouvrir aux juifs si on veut avoir bonne presse. Vous verrez, comment tous ceux qui pensent et disent du mal de l’Algérie vont se mettre à en dire du bien, au moindre signe de cette ouverture. Comment Bouteflika va devenir un bel ange ou un grand sage – tout comme Mohammed VI est un roi «jeune et moderne» et Ben Ali un «dirigeant éclairé». Vous serez étonné de l’immense influence que possède ce lobby dans la presse, à commencer par Al Jazeera. Des problèmes qui n’en finissent pas, comme celui du Sahara occidental, trouveraient leur solution brusquement, comme par miracle, vous verrez. Seulement voilà, il faut en payer le prix. Renoncer à ses beaux discours. Piétiner ses principes. Partager ses ressources. Se modérer en toute chose, ou fermer les yeux si on veut. Bref, il faut suivre la mode – ou quitter la ville. Vendre son âme au diable ? Si tant de pays arabes tendent la main aux Israéliens, et en rajoutent – car le lobby passe par là – il va bien falloir se déterminer là-dessus : suivre les beaux principes qui font honneur, ou faire de la politique qui est le pire et le meilleur des métiers. Les Turcs ne sont pas plus stupides que d’autres, qui ont montré la voie ! Ont-ils vendu leur âme au diable pour autant ? Il ne s’agit pas d’abandonner les Palestiniens, puisque cela fait longtemps que nous les avons abandonnés, que le monde entier les a abandonnés. Au contraire, il s’agit de les aider de cette façon. Et de nous aider nous-mêmes. Une telle démarche exige un grand homme, parce que dangereuse, ici, dans la contrée de l’extrémisme. Mais cela vaut-il le coup ?

Le Jour d’Algérie, 19/8/2010