Le Makhzen déçu par le journaliste algérien qui a séjourné à Dakhla

Campagne de dénigrement du Maroc contre l’auteur des reportages et contre Echorouk : quand le Makhzen voit rouge !

Par Anouar Malek/ Version française Mohamed-Chérif Lachichi
On peut faire remonter également la rage du Makhzen à une parution du journal influent «El Aâlem», organe central du parti El Istiklal dirigé par le premier ministre Abbes El Façi qui a titré à la Une le cinq août dernier un exhibitionniste «Anouar Malek effectue un revirement de 360° » Pourtant, 360° degrés signifie, en principe, rester sur sa position. 180 degrés n’ont, semble-t-il, pas suffit aux rédacteurs de cet article peu instructif et non moins hargneux à l’égard de l’Algérie et notamment à l’endroit de la première des ses publications Ech Chorouk, présenté comme l’ennemi absolu.
Comme il était attendu : ça n’a pas tardé ! Le Makhzen marocain a fini par réagir à travers une vaste campagne de manipulation contre ma modeste personne et le journal «Ech Chorouk». Les raisons de cette levée de boucliers sont connues. Il s’agit bien évidemment du reportage que je viens de réaliser – selon les normes les plus rigoureuses de la profession et sans aucune mauvaise intention- sur la catastrophe humanitaire qui sévit actuellement dans la ville Sahraouie de Dakhla et ses environs.

Ce reportage est venu briser en quelque sorte le silence de la communauté internationale. J’ai réussi à pénétrer la ville de Chama dans le cadre de la tenue, en marge de la célébration de la fête du trône, d’un colloque dit «international» pour traiter du projet d’autonomie marocain. Tel était le but initial de cette manifestation qui a été très vite détourné pour d’autres considérations. Il s’agissait d’une question importante liée à la sécurité dans l’espace méditerranéen. Pourtant, il ressort de la lecture du programme distribué aux participants une orientation visant à assimiler le front Polisario, accusé de tous les maux, au terrorisme international dont il serait lié. Un peu à la manière de ce qu’on appelle «Al Qaïda au Maghreb Islamique». Ce que je me suis empressé de démentir à la tribune. Personne n’a osé notamment parmi ceux qui n’ont cessé de rabâcher ce mensonge de venir me porter la contradiction. Il semble que la presse «Makhzénienne» ait reçu le feu vert du Palais royal pour abonder dans ce sens et réitérer différentes accusations. Bien entendu, le peuple marocain frère est, lui, bien loin de ce combat d’arrière-garde et perdu d’avance.

Les marocains font, ainsi, constamment l’objet de tromperies et restent le plus souvent préoccupés par la satisfaction de leurs besoins essentiels. Ainsi, on a voulu me présenter à eux comme un agent des services secrets, en mission d’espionnage pour le compte d’un pays étranger. Jusque-là, j’avais évité de répondre à cette accusation du reste futile voire puérile. Une chose est néanmoins sûre est qu’il est, désormais reconnu que la région de Dakhla est une zone sécurisée et militarisée à outrance. Par conséquent, tous ceux qui viendraient à s’y aventurer ne peuvent être que des espions violant l’intégrité du maroc. On peut faire remonter également la rage du Makhzen à une parution du journal influent «El Aâlem», organe central du parti El Istiklal dirigé par le premier ministre Abbes El Façi qui a titré à la Une le cinq août dernier un exhibitionniste «Anouar Malek effectue un revirement de 360° » Pourtant, 360° degrés signifie, en principe, rester sur sa position. 180 degrés n’ont, semble-t-il, pas suffit aux rédacteurs de cet article peu instructif et non moins hargneux à l’égard de l’Algérie et notamment à l’endroit de la première des ses publications Ech Chorouk, présenté comme l’ennemi absolu.

Certains de mes amis marocains m’ont assuré que la réaction du Makhzen n’aurait jamais été aussi violente si mon reportage avait été publié dans une publication étrangère autre qu’ El Chorouk.

Si plusieurs sujets traités par le premier quotidien algérien avaient déjà fait mal par le passé, la visite de cette région déshéritée n’arrive pas à passer. C’est un crime de lèse-majesté d’autant plus impardonnable qu’aucun service de sécurité et aucun supplétif n’est venu signaler l’évènement. En revanche si l’on prenait connaissance de ce qui se dit régulièrement dans les journaux marocains au sujet de l’Algérie beaucoup tomberaient des nues. Aucune comparaison avec ce que publie Ech Chorouk de temps à autre et toujours au moment opportun. Les raisons de la colère du Makhzen ont trait également au fait que notre intrusion s’est faite au nez et à la barbe des services de sécurité parfois même sous leur protection. Personne ne semble s’être aperçu de mon incursion alors que tout le monde savait que j’étais une écrivain et journaliste dans cette publication. A leur tête les organisateurs du colloque. J’avais rappelé dans mon reportage qu’aucun organe de presse marocain n’avait pu se rendre dans cette zone interdite.

La lecture du quotidien El Aâlem est, à ce propos, très éloquente surtout lorsqu’il y est mentionné que : «les conditions du séjour au Maroc de l’ancien officier des services de renseignement algériens Anouar malek restent à définir. Et la même interrogation par ailleurs concerne l’opposant algérien qui sous couvert de sa qualité de journaliste d’une publication affiliée aux services de sécurité de son pays a pu travestir, ainsi, la réalité et produire un tissu de mensonges portant atteinte à l’unité et à la souveraineté du maroc. Toutes les réserves portées quant aux objectifs de ce reportage traduisent, on ne peut mieux, le caractère ultra sensible de cette région soumise à un dispositif sécuritaire exceptionnel. Ce reportage a été perçu comme un viol des différentes mesures prises puisque j’ai pu largement prendre contact avec les gens et que j’ai même utilisé, pour mes déplacements, leurs véhicules.

Pour cette raison et pour d’autres, El Aâlem exige, dans son excès de zèle, une enquête approfondie sur les tenants et aboutissants de ma visite. D’autres écrits réclament, à cor et à cri, l’ouverture d’une enquête judiciaire au sujet de ce prétendu viol de l’intégrité territoriale marocaine. De même qu’il est demandé la tête des personnes qui m’ont invité et qui m’ont permis de réaliser ce reportage. Une source particulière m’a informé de l’ouverture par les services de sécurité de Dakhla d’une enquête secrète destinée à retracer mon périple dans la région et l’identification des personnes avec lesquelles j’ai pris contact. Il s’agit, d’après mes sources, de parer à l’éventualité d’infiltration et au recrutement d’agents qui pourraient collaborer secrètement avec Ech Chorouk ou avec les services algériens.

Il y a lieu de noter, par ailleurs, que je dispose de plusieurs photos de personnes de cette contrée et qui se sont ouvertement prononcés pour l’autodétermination du peuple sahraoui. Pour des raisons évidentes, ces photos n’ont jamais été publiées pour éviter, bien sûr, de graves déboires à ces témoins. Il y a aussi ces velléités du Makhzen à me présenter sous des traits peu amènes. Tantôt je suis présenté comme un écrivain opposant au régime algérien tantôt un élément rebelle qui ne veut plus soutenir les positions marocaines et qui refuse, dorénavant, de continuer à jouer le jeu du makhzen quant à la diffusion de ses idées dans la région nord africaine. Cette attitude vient du fait que, par le passé, j’ai porté des critiques à l’encontre du front Polisario. Ce qui a été interprété comme un soutien implicite au Maroc alors que je n’ai jamais prétendu que le Sahara est marocain. D’ailleurs, je mets au défi le Makhzen de présenter des preuves qui ne soient pas, bien sûr, des montages grossiers et dans lesquelles je m’oppose aux revendications légitimes du peuple sahraoui. Et si j’ai été amené à critiquer un jour le front Polisario cela ne signifie pas que je me désintéresse du caractère sacré de sa lutte pour l’autodétermination ni de la tenue d’un référendum honnête et transparent.

D’ailleurs, si le peuple sahraoui venait à demander à s’intégrer au Maroc je ne pourrais que bénir sa volonté. Dans le cas contraire, je ne pourrais, là aussi, que le soutenir. Mes convictions se sont même renforcées à l’issue de mon séjour parmi les sahraouis. Sans l’ombre d’un doute, le maroc ne veut pas d’un référendum. Un suffrage qui reste le dernier de ses soucis. C’est pourquoi, d’ailleurs, le Maroc s’échine, à chaque fois, à présenter d’autres alternatives. De même, j’ai été amené à dénoncer plusieurs fois les violations des droits de l’homme à Ghaza de la part de certains éléments de l’appareil sécuritaire de Hamas et même des autorités palestiniennes de Ramallah notamment en ce qui concerne les conditions carcérales. Sur el Djazira, dans l’émission « El Itidjah el Mouâakess », je n’ai pas hésité à critiquer également le Hezbollah Libanais. Cela veut-il dire pour autant que je soutiens le sionisme est ses crimes abjects contre le peuple palestinien ? Il est utile de rappeler aussi que j’ai émis des critiques à l’encontre des médias officiels marocains mise en ligne par l’ « Express » le 13 juillet 2008.

Dans son compte rendu, le journaliste marocain Nourreddine Lacheheb écrit : «Le journaliste algérien Anouar Malek se plaint de la déformation de ses propos dans les médias marocains ». En effet, les autorités marocaines ont exploités, souvent à tort et pour des buts inavoués nombre de mes déclarations. Dans ce cadre, il y a également Wafa Ismaïl, l’écrivaine égyptienne qui ne s’est pas gênée de déformer mes propos contenus dans un entretien qu’elle a accordé au site «Akhbar el âarab» au canada le 1er Avril 2008. Dans un article mis en ligne sous le titre : «Anouar Malek a-t- il été lésé ?», elle s’en prend à cette manie marocaine d’exploiter à tort et à travers mes propos. Brièvement, j’affirme en mon âme et conscience n’avoir jamais soutenu un régime qui réprime les volontés et les aspirations populaires. De même que je n’ai jamais fais de distinction en matière de violations des droits de l’homme. Et ce qu’elles quelles soient. En particulier, celles du Maroc qui pratique au Sahara occidental la torture, la détention abusive, le viol et les atteintes à la dignité humaine.

Cela dit, les médias officiels marocains qui prétendent le contraire ne font que jeter à mon sujet de la poudre aux yeux. Le visiteur de mon blog «La voix de l’exil » ne pourra trouver, lui, à aucun moment, des assertions de la sorte. Ce qui n’a pas empêché une publication sympathisante du Front des Forces démocratiques de lancer, un jour, un « poisson d’avril » en publiant une prétendue lettre que je lui aurais adressé.

A l’en croire, j’aurais révélé dans cette missive l’existence d’un réseau de prostitution dans lequel seraient impliqués des militants du Polisario et des éléments de l’armée algérienne. Et pour enfoncer le clou, l’agence de presse officielle n’a pas manqué de s’en faire l’écho refusant obstinément de publier ma mise au point. De même l’hebdomadaire «El Mechâal» dans sa livraison du 11/09/2008 prétend lui que j’aurais affirmé la marocanité du pétrole algérien. Bref de tout et du n’importe quoi !

Cette levée de boucliers du makhzen marocain à mon endroit et qui correspond à un virage à 180°degrés aurait pu atteindre n’importe quel algérien tant la rancune est tenace. Sur un autre plan l’activisme du Makhzen à travers sa société civile (sic) qui s’apparente, selon lui, à de la diplomatie parallèle vise à accréditer, avec un grand tapage médiatique, l’option d’autonomie interne sous souveraineté marocaine. D’où l’option de la tenue d’un colloque à Dakhla qui devait regrouper des militants associatifs mauritaniens, chiliens, égyptiens, espagnols, brésiliens, tunisiens, britanniques, yéménites, irakiens et péruviens.

A mon arrivée, je n’ai trouvé que le professeur d’université espagnol, Fernandez José accompagné de son frère médecin dont les noms n’apparaissaient pas au programme du colloque. Il n’y avait finalement que l’avocat José Antonio Sanchez Santana et l’écrivain Alejandro Garcia. J’ai appris par la suite qu’une lettre avait été transmise au cabinet royal au nom des participants félicitant le monarque pour son discours à l’occasion de la fête du trône. Je dois rappeler que l’enquête que j’ai menée dans des circonstances exceptionnelles a été marquée par le discours virulent de Mohammed VI à l’encontre de l’Algérie.

Certains de mes nombreux détracteurs ont interprété mon reportage comme une réponse algérienne au discours du Roi alors que la réaction officielle est venue de la bouche même de Abdelaziz Belkhadem qui s’est exprimé à l’université d’été du FLN à Mostaganem en sa qualité de représentant du Président de la République. En conclusion, j’estime n’avoir accomplis que mon devoir en tant que journaliste et militant des droits de l’homme. Un algérien qui n’a pas de fil à la patte et en quête de vérité.

http://www.anouarmalek.com Echourouk Online, 12/8/2010