N’autre vision «C’est nous les Africains qui revenons…»

MAROC – SAHARA OCCIDENTAL – ALGÉRIE – AFRIQUE
Tout le monde s’intéresse à l’Afrique, et court derrière elle : les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil… Tous poussent délicatement Paris à la touche.
L’Algérie sera présente au 25e sommet franco-africain qui se tiendra à Nice. Une belle occasion pour savoir si le président Nicolas Sarkozy a changé d’avis depuis son discours de Dakar en 2007, et s’il pense que l’homme africain est assez entré dans l’histoire, maintenant que Barak Obama est à la tête des Etats-Unis d’Amérique, la première puissance mondiale. Si, si, il a dû changer d’avis puisqu’il a décidé, juste à la veille du gala de Nice, de réhabiliter la pension de 35 000 soldats africains, de la vieille chair à canon, pour faire cesser le viol de l’ingrate Marianne. En tout cas, les 35 000 Africains n’iront pas dans l’au-delà «les mains vides», comme nous était revenu notre président de son fameux voyage parisien du temps de Chirac. Un temps où les Algériens enlisés encore dans la crise sécuritaire «prenaient un crachat pour un douro», comme dit un proverbe produit par le génie populaire pour marquer la vie …fastueuse des indigènes à l’époque coloniale. Pas comme aujourd’hui où, grâce à Dieu, notre président se promène avec 286 milliards de dollars à flamber en quatre ans. Ce qui est d’autant plus intéressant que le sommet, paraît-il, prendra d’une certaine façon l’allure cette fois d’une foire économique avec la présence de quelque 250 entrepreneurs français et africains. On parle même d’une «charte de l’entrepreneur en Afrique» qu’on prévoit d’adopter à l’occasion. Des idées qui mettent de l’ambiance au sommet et qui partent apparemment du même esprit qui anima si généreusement le lancement de l’Union pour la Méditerranée, cette créature de Sarkozy destinée à marcher encore longtemps à quatre pattes. Peut-être proposerait-il d’atteler la vierge Afrique à l’UPM, comme Merkel l’avait fait pour la vieille Europe. Tout le monde s’intéresse à l’Afrique, et court derrière elle : les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Brésil… Tous poussent délicatement Paris à la touche. Devrions-nous accepter d’être confinés dans un rôle de témoins, alors que ça se passe chez nous et que les Africains ce sont nous ? La françafrique cédera fatalement le passage. Le déferlement à Paris ne peut que tromper. II n’y a rien d’important à attendre de la rencontre. C’est pour ça qu’elle laisse plus ou moins indifférent.
Le Jeune Indépendant, 31 mai 2010