Les derniers soupirs de la paix au Sahara Occidental

Le Maroc table toujours sur le statut quo
Par Massinissa Benlakehal
Il semble que cette situation de statut-quo profite à la nouvelle puissance colonialiste, dont les forces armées ont déferlé sur les territoires du Sahara Occidental, profitant du retrait de l’ancienne puissance coloniale, en l’occurrence l’Espagne qui était en bute à des crises politiques dans le sillage de l’affaiblissement du « franquisme». Suite à des tractations dans l’ombre de la disparition du dictateur espagnol, le Maroc de Hassen II scella l’accord de Madrid au mépris de la légalité internationale pour annexer une partie des territoires du Sahara Occidental, cédant une partie à la Mauritanie de Mokhtar Ould Dadah qui n’a pas résisté très longtemps devant les coups de buttoir des combattants du Polisario qui sont arrivés aux portes de Nouakchott. La monarchie qui revendique sa souveraineté sur ces territoires n’a pas manqué de céder une partie à la Mauritanie. La marche verte du défunt monarque du Maroc fut d’une brutalité rappelant la déferlante des mongols en Arabie dans le moyen-âge. La répression exercée par les FAR contre le peuple sahraoui fut terrible, à tel point que le souverain marocain n’a eu aucune hésitation pour utiliser le Napalm contre un peuple ayant vécu sous le joug du colonialisme pendant très longtemps. Débouté par la Cour internationale de la Haye qui n’a pas reconnu sa souveraineté contre le Sahara Occidental, Hassen s’est retrouvé en situation d’occupant d’un pays dont le Conseil des dignitaires (Conseil des représentants des tribus sahraouies) avait rejoint majoritairement le camp des nationalistes du Polisario. Sur le plan militaire, la monarchie n’a pas tranché la situation en sa faveur, durant quinze ans de conflit militaire. Bien au contraire, les FAR essuyèrent plusieurs revers, à Gueltet Zemour, Tifariti et même sur les frontières de la monarchie à Tantan, en témoigne le nombre important de soldats marocains libérés par le Polisario suite au cessez-le-feu décrété par les deux belligérants sous les auspices des Nations Unies. Las d’une guerre dont l’issue est incertaine, le Roi Hassen II, et il est utile de le rappeler, s’acheminait vers l’organisation d’un référendum d’autodétermination. C’est du moins ce qui ressort du témoignage de l’ancien Ministre de l’Intérieur de la monarchie alaouite, feu Driss El Basri qui avait en charge sous Hassen II le dossier du Sahara Occidental. Driss El Basri avait dévoilé, juste après son départ précipité de Rabat vers son exil, que les négociations entre les représentants du Polisario et le gouvernement marocain n’avait d’issue que l’application des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU insistant sur le droit du peuple sahraoui à l’autodétermination. Le retour à la case de départ coïncide avec l’intronisation de Mohamed VI à la tête du royaume marocain. Un jeune monarque qui n’a pas le charisme de son défunt père, ni la même maîtrise du serail. Dans les faits, les mêmes forces qui profitaient de la présence de la soldatesque des FAR au Sahara Occidental ont eu le dessus. Le plan Becker n’a pas eu la chance de voir le jour, malgré la bonne volonté du Polisario qui a fait des concessions allant jusqu’à accepter une autonomie de cinq ans avant l’organisation d’un referendum d’autodétermination.Nonobstant l’acceptation par ce mouvement de libération la participation d’une partie de colons marocains à ce referendum et ce, en faisant l’impasse au principe faisant que le corps électoral ne peut sortir du dernier recensement effectué par l’Espagne, la monarchie n’a pas hésité à faire marche arrière, sous l’ombre des puissances qui l’a protègent à l’instar de la France, un pays partisan de l’option autonomiste proposée par Mohamed VI. Les rounds de Menhasset se succédèrent mais sans que la situation n’avance d’un iota. Le Maroc continu à pomper près de 8 milliards de dollar des richesses du Sahara Occidental, tout en maintenant une répression des plus féroces dans les territoires occupés. Les Sahraouis des camps des refugiés continuent à vivre dans des conditions précaires. A moyen terme, cette question rebondira d’une manière plus spectaculaire, de l’avis de plusieurs observateurs, au regard des dépassements multiples perpétrés contre les droits de l’homme dans les villes sahraouies occupées et la longue attente des refugiés sahraouis.